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Henri Fiszbin (né à Paris le 26 juin 1930, mort à Paris le 28 mars 1990) commence à travailler comme chapelier, aux côtés de son père.

Les parents de Fiszbin, immigrés juifs de Pologne, son père artisan chapelier et sa mère couturière à domicile, ont pu rejoindre la zone Sud en 1940, et trouver refuge dans la Creuse. Ils ont regagné Paris, à la Libération.

Premier secrétaire de Paris

Exclu en 1981

Fiszbin adhère aux Jeunesses communistes en 1945 et en devient le dirigeant pour le XIXe arrondissement de Paris. En juin 1946, il adhère au Parti communiste. Entre 1946 et 1948, il suit une série de formations : cours de l’école élémentaire du parti, «cours moyen pour la jeunesse» en 1947 et école fédérale des JC en 1948.

Titulaire du certificat d’études primaires, souhaitant devenir métallurgiste, il intègre, en 1948, le centre Bernard Jugault, « école de rééducation professionnelle » du syndicat des Métaux.

Il adhère alors à la CGT et est secrétaire du syndicat du centre, entre octobre 1948 et janvier 1949. Il effectue ses débuts en usine à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine). Il devient ouvrier tourneur, contre l’avis de ses parents.

En 1950, il suit les cours de l’école fédérale du PCF. Particulièrement actif dans la lutte contre la guerre d’Indochine au sein des Jeunesses communistes, il est arrêté début 1950 pour avoir distribué des tracts à des soldats.

Après son service militaire, effectué en 1950-1951 au Maroc puis en région parisienne, il travaille dans la métallurgie et dans l’alimentation, chez Luchaire, chez SISA, chez Maggi-Kub.

Devenu secrétaire de la section PCF Fabien du XIXe, il suit, en octobre-novembre 1956, les cours de l’école centrale d’un mois du PCF. Peu après, en mai 1957, il devient permanent et intègre le Comité fédéral de Paris, puis, en 1959, le Bureau fédéral.

À partir de 1961, Fiszbin est secrétaire fédéral à l’organisation, d’abord aux côtés de Bernard Jourd’hui puis, dès 1962, au côté de Paul Laurent. Du fait des responsabilités de ce dernier, membre du Bureau politique, Fiszbin co-dirige de fait, la fédération.

Il suit, entre octobre 1964 et février 1965, les cours de l’école centrale de quatre mois du PCF. Comme secrétaire fédéral à l’organisation, il est personnellement associé aux premières frictions entre la direction parisienne et la direction du parti, au milieu des années 1960. Pensant appliquer l’institution du vote à bulletin secret décidée par le XVIIe Congrès (mai 1964), le secrétariat fédéral diffuse le détail des résultats des votes de la conférence fédérale et subit ainsi les foudres de la direction du parti. Avec Paul Laurent, Henri Fiszbin est contraint à l’autocritique.

Lors du XVIIIe Congrès, en janvier 1967, Fiszbin est élu suppléant au Comité central, réélu comme titulaire à partir du congrès suivant, en 1970. Il devient premier secrétaire de la fédération de Paris, en remplacement de Paul Laurent, en décembre 1972.

Le 11 mars 1973, il est élu député dans le XIXe arrondissement de Paris.

A la tête de la fédération de Paris, Fiszbin imprime une démarche novatrice. Il s’intéresse aux enquêtes sociologiques sur l’évolution de la population parisienne, aux questions d’urbanisme et soutient les études électorales et les travaux de sociologie politique menés par François Platone, Jean Ranger et Françoise Subileau. Au secrétariat fédéral, il s’entoure d’une équipe acquise à cette démarche et composée d’intellectuels, comme Jean-Marie Argelès, ou de cadres d’origine ouvrière qui, comme lui, ont suivi un parcours autodidacte. La réflexion de Fiszbin et de ses adjoints aboutit en 1976 à la rédaction pour les Éditions sociales de l’ouvrage Paris, déclin ou renaissance : les communistes et l’avenir de la capitale. Selon Fiszbin, dès 1962, la direction fédérale prend conscience que l’évolution de la population parisienne, et surtout le départ des couches populaires, menacent l’implantation communiste dans la capitale. « Condamnés au changement », les dirigeants se lancent dans cet intense travail politique afin de gagner les « couches sociales nouvelles ». Cette démarche s’attire progressivement la méfiance de la direction, tiraillée entre l’identité historique du « parti de la classe ouvrière » et sa politique d’ouverture.

Une série d’initiatives de Fiszbin et de la direction fédérale marquent leur autonomisation croissante et leur « manière différente d’appliquer la politique du parti ». En juin 1974, dans le cadre de l’opération «à cœur ouvert», la fédération ouvre au public ses locaux ainsi que certaines de ses réunions. En 1976, lors des discussions sur les thèses du XXIIe Congrès, la fédération parisienne manifeste une forte opposition aux positions sur la morale. La même année, la fédération organise pour la première fois une fête de Paris, à la Villette, et lance à l’automne le journal Paris hebdo, régulièrement ouvert aux contributions de dirigeants et de militants socialistes.

En 1977, Henri Fiszbin est le candidat du PCF à la mairie de Paris. Opposé à Jacques Chirac au deuxième tour, il n’est battu que de 2000 voix. Cette candidature marque l’apparition de Fiszbin sur la scène médiatique nationale. Il fait une campagne remarquée où il donne une image renouvelée du dirigeant communiste, obtenant un succès d’estime bien au-delà des rangs du PCF. Selon Jean-Marie Argelès, Fiszbin se serait opposé à Georges Marchais pour imposer sa candidature contre celle de Paul Laurent, souhaitée par la direction du PCF, en menaçant de démissionner du secrétariat fédéral.

A l’automne 1977, il plaide au Comité central en faveur d’un accord d’actualisation du Programme commun prenant acte des divergences entre communistes et socialistes.

Aux élections de 1978, Fiszbin perd son siège de député, et cette défaite est un échec personnel. Elle aggrave surtout les divergences entre le Bureau politique et le secrétariat parisien qui reste attaché à son orientation en direction des catégories intellectuelles.

Par « esprit de parti », Fiszbin et la direction fédérale refusent l’opposition frontale mais les reproches et les attaques se multiplient. Lorsque Paris hebdo se fait l’écho du trouble des communistes parisiens après les élections de 1978, la direction du parti provoque la disparition du journal, officiellement pour des raisons financières. La mise en accusation débute lors du Comité central de décembre 1978. Le 11 janvier 1979, la direction fédérale est convoquée devant le bureau politique, et affronte une critique en règle de ses « déviations opportunistes » et de « son abandon du contenu de classe ». Fiszbin, suivi par ses camarades, refuse les accusations et démissionne de son poste de premier secrétaire puis de la présidence du groupe communiste à la mairie de Paris.

Gravement malade depuis plusieurs années et physiquement très éprouvé, notamment par la campagne des municipales, Fiszbin a sollicité, dès septembre 1977, son retrait du secrétariat, prévu en mai 1979, après le XXIIIe Congrès. Toujours soucieux de ne pas nuire au parti, il consent donc à ce que sa démission soit publiquement justifiée par ses problèmes de santé. Son remplaçant désigné, Henri Malberg (par ailleurs son cousin germain), assure l’intérim et prend la tête d’une direction fédérale remaniée à l’issue de la conférence du printemps 1979.

Dès février, quatre dirigeants fédéraux démissionnent, suivis, au fil de l’année 1979, par une série de départs au niveau des organismes fédéraux et des directions de section. Toutefois, le Bureau politique continue de nier la crise et Fiszbin est reconduit au Comité central à l’issue du XXIIIe Congrès de 1979, mais sans tâches ni responsabilités effectives. Lorsqu’en septembre 1979, Georges Marchais lui propose finalement de travailler au secteur « entreprise » du CC, il décline et signifie son refus de reprendre toute activité en l’absence d’explication politique claire. Fin octobre 1979, les divergences sont finalement portées à la connaissance du Bureau fédéral, déclenchant cette fois une crise ouverte et de nouvelles séries de démissions. Fiszbin tente une dernière fois de défendre son point de vue lors du Comité central des 7 et 8 novembre 1979.

Il démissionne du Comité central, juste après, le 15 novembre 1979.

Il tente de porter le débat hors du cadre du parti, par la publication, en mars 1980, de l’ouvrage Les bouches s’ouvrent, rédigé en collaboration avec Maurice Goldring et Jean-Jacques Rosat. À la fin de l’année 1980, il s’oppose publiquement, avec quatre conseillers municipaux de Paris, aux conditions de la désignation de Georges Marchais, comme candidat aux élections présidentielles.

En juin 1981, Fiszbin et dix autres militants parisiens sont exclus du Comité fédéral de Paris, et en octobre 1981, dénonçant un «travail fractionnel», la direction considère que ces militants «se sont placés d’eux-mêmes en dehors du parti», et sont donc exclus. Fiszbin est aussi exclu du Groupe communiste du Conseil de Paris (1).

Le 3 mars 1982, peu après le XXIVe Congrès du PCF, Fiszbin affirme dans un courrier au Bureau politique : « je suis membre du parti communiste français et résolu à le demeurer. »

En 1981, il crée le journal Rencontres communistes hebdo (RCH) regroupant autour de lui plusieurs anciens dirigeants parisiens et des intellectuels communistes issus de France nouvelle et de la Nouvelle critique : Roger Fajnzylberg, Henri Bertholet, François Hincker, Maurice Goldring, Yvonne Quilès. Cette publication compte jusqu’à 3 500 abonnés.

Fiszbin espère ensuite regrouper les militants et électeurs communistes déçus par la politique du PCF. Lors des élections municipales à Paris en 1983, il présente une liste indépendante et est réélu conseiller municipal.

L’année suivante, sous l’étiquette des «Communistes démocrates unitaires», il prend, avec Serge Depaquit (PSU), la tête d’une liste aux élections européennes de 1984. Sa liste obtient 0,7% au niveau national.

Après cet échec, il déclare « les 0,7 % obtenus ont mis un point final à la crédibilité des entreprises visant à constituer l’électorat déçu du PC en force politique autonome ».

En 1984, il donne sa vision du PCF dans Appel à l’auto-subversion.

En octobre 1985, Henri Fiszbin est intégré, comme quelques d’autres personnalités non socialistes, aux listes du PS pour les élections législatives de 1986 qui ont lieu au scrutin proportionnel sur des listes départementales. Il est élu comme apparenté socialiste dans les Alpes-Maritimes, en deuxième position derrière Jean-Hugues Colonna. L’équipe de RCH adhère collectivement au Parti socialiste, le 12 octobre 1988. Henri Fiszbin est invité au Comité directeur avec voix consultative, puis y est élu lors du Congrès de Rennes (15-18 mars 1990), mais il meurt quelques jours plus tard, le 28 mars (il est remplacé par Maurice Goldring). Après l’adhésion au Parti socialiste, RCH continue de paraître, d’abord comme journal des « socialistes de culture communiste », puis après la mort d’Henri Fiszbin comme une « lettre de RCH » bimensuelle, jusqu’en 1994.

Après sa disgrâce, Fiszbin se tourne vers l’enseignement et devient maître-assistant associé à l’IUT de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) où il donne des cours sur les relations sociales dans l’entreprise.

En 2003, le Conseil municipal du XIXe arrondissement de Paris attribue le nom d’Henri Fiszbin à une place du quartier de Belleville où il résidait dans les années 1950. Le Parti communiste, par la voix de Jean Vuillermoz, s’associa à cette décision. L’inauguration de cette place eut lieu, en avril 2005.

 

Sources

Henri Fiszbin – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Paul Boulland

Henri Fiszbin - Wikipédia

Responsabilités au PCF

Membre du Comité central : 1967 - 1979

Premier secrétaire de la Fédération de Paris : 1972 - 1979

Mandats électifs

Député de Paris : 1973 - 1978  (communiste)

Député des Alpes Maritimes : 1986 – 1988 (apparenté socialiste)

Conseiller municipal de Paris : 1977 -  1989

Publications

Paris, déclin ou renaissance : les communistes et l’avenir de la capitale, avec Daniel Monteux, Paris, Editions sociales, 1976.

Les bouches s’ouvrent, avec Maurice Goldring et Jean-Jacques Rosat,  Paris, Grasset, 1980. Appel à l’auto-subversion, avec Michel Sarazin,  Paris, Robert Laffont, 1984.

Honneurs

Le 8 avril 2005, une place Henri-Fiszbin est inaugurée dans le 19e arrondissement de Paris

Notes

(1) Henri Fiszbin, Françoise Durand, Michel Férignac, Jean-Jacques Rosat, sont exclus du groupe communiste du Conseil de Paris. Ils déclarent : " Personne ne pourra nous empêcher de continuer d'agir en conseillers communistes de Paris, …. Par conséquent, nous avons informé le maire de Paris de notre choix : nous sommes inscrits au groupe communiste et nous y restons. »