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Fils d’un ouvrier carrier et d’une blanchisseuse, Jules Fourrier (né à Angrie (Maine-et-Loire) le 17 août 1906, mort à Toulouse (Haute-Garonne) le 31 juillet 1999) a trois ans quand il perd son père, dix ans à la mort de sa mère. Elevé par une grand-tante dans l’esprit de la Révolution française, il va à l’école jusqu’à quatorze ans.

Député 

Départ en 1939

Apprenti peintre, il trouve immédiatement un emploi dans une petite entreprise. À seize ans, invité par un ami cheminot, il assiste pour la première fois à un meeting du Parti communiste. À partir de la fin de 1922, il participe régulièrement à des réunions syndicales sans être toutefois adhérent.

En janvier 1923, Jules Fourrier travaille à Nantes. Spécialiste de cross-country, il est membre de l’Association sportive ouvrière nantaise, club affilié à la Fédération sportive du travail. Il adhère alors au syndicat du Bâtiment de Nantes (CGT-SR), de tendance anarcho-syndicaliste.

En janvier 1925, Jules Fourrier quitte Nantes pour Paris. Il trouve un emploi le jour même de son arrivée et adhère au syndicat du Bâtiment (CGTU). Membre de la section technique des peintres en bâtiment, il poursuit ses activités sportives et adhère au club sportif ouvrier du Nord-Est. Il milite activement à partir de 1925, devient collecteur de cotisations, avant d’être licencié pour cette raison début 1926. Mobilisé, en octobre 1926, au 151e régiment d’infanterie stationné à Coblence en Rhénanie, il y mène à bien une active propagande antimilitariste.

Après sa démobilisation, en avril 1928, Fourrier adhère au comité de Bloc ouvrier et paysan. Il adhère au Parti communiste le 1er août 1929, à l’occasion de la « journée internationale de lutte contre la guerre ». Il est élu membre de la CE parisienne du syndicat des peintres, en janvier 1930.  Fourrier est devenu l’un des agitateurs du Parti les plus en vue dans son arrondissement. Ses apparitions successives, aux côtés de Jean-Pierre Timbaud, à la porte de la plupart des entreprises du quartier, lui valent les foudres de la police.

Au mois de février 1930, Jules Fourrier est embauché à la Régie de peinture de l’Assistance publique de Paris. Il y fonde presque immédiatement une section syndicale de plus de soixante adhérents, rattachée à la Fédération unitaire des services publics, section dont il est élu secrétaire.

Arrêté le 29 avril 1930, alors qu’il colle des affiches antimilitaristes, il est incarcéré à la Santé. En prison, Jules Fourrier fréquente régulièrement les nombreux membres de la direction du parti qui se trouvent enfermés comme lui : André Marty, Pierre Semard, Benoît Frachon, Gaston Monmousseau, Henri Gourdeaux, Raoul Calas, Gabriel Péri... C’est là qu’il fait sa première formation, suivant les cours dispensés par un membre du comité central, Henri Varagnat, emprisonné comme lui.

Après sa libération, le 13 mai, Fourrier est convoqué par la direction de la Régie qui l’emploie et apprend sa révocation. Faisant valoir ses droits, il obtient de pouvoir reprendre son travail. Condamné par défaut le 20 juin 1930 à deux ans de prison et à 2 000 francs d’amende, il est emprisonné de nouveau au mois d’octobre, puis libéré après avoir fait opposition au jugement.

Jugé une nouvelle fois le 19 mai 1931 par la XIIe Chambre correctionnelle, Fourrier voit sa peine réduite à six mois fermes mais décide de faire une nouvelle fois appel. Il est donc rejugé le 31 octobre et finalement condamné à trois mois de prison et 3 000 francs d’amende. Cette fois, Fourrier est bel et bien licencié de l’Assistance publique...

Il est à nouveau emprisonné du 30 mars au 15 juin 1932. Pendant son incarcération, il est présenté comme candidat aux élections législatives dans la première circonscription du XVIe de Paris. Il n’est pas élu.

A sa sortie de prison, il devient secrétaire du Syndicat des peintres de la Seine, puis membre du bureau du Syndicat général du Bâtiment. Il est engagé par la régie de peinture de la municipalité d’Ivry-sur-Seine que dirige le communiste Georges Marranne. Il se présente le 18 juin 1933 à une élection municipale complémentaire dans le quartier Dauphine. Il n’est pas élu et comme il persiste à ne pas vouloir payer son amende, Fourrier est à nouveau emprisonné du 17 octobre au 13 novembre 1933.

En mars 1934, il est élu au comité régional de Paris-Ville.

Comme Fourrier persiste à ne pas vouloir payer l’amende et les frais de justice de son procès d’octobre 1931, la justice ordonne de saisir ses biens. Cette saisie donne lieu à une importante mobilisation dans le quartier ainsi qu’à plusieurs meetings. Le 20 août 1935, plusieurs centaines de sympathisants communistes se regroupent devant son domicile. La saisie n’a pas lieu.

Au début de l’année 1936, le Parti communiste présente Fourrier aux élections législatives dans la 2e circonscription du XVe arr. Il est enfin élu.

Député de Grenelle-Necker, Jules Fourrier se trouve aux premières loges lorsque éclatent les grèves de juin 1936. En compagnie de Charles Michels, Fourrier se rend notamment aux Usines Citroën.

A l'Assemblée nationale, il est membre de la commission de l'administration générale et de celle des colonies. À ce titre il participe à une commission d'enquête chargée d'investigation en Tunisie contre les menées italiennes. Il intervient de nombreuses fois dans les débats parfois avec véhémence, ce qui lui vaut d'être poursuivi en 1937 pour avoir traité un lieutenant de Jacques Doriot de « hitlérien français ». Il intervient également avec force pour demander un soutien actif à la République espagnole assiégée par les putschistes. Il prend position contre les accords de Munich.

À l’automne 1936, Jules Fourrier suivit un cycle de formation politique à l’École de Montreuil

Pendant la guerre civile en Espagne, Fourrier est envoyé par l’Internationale communiste pour des missions dans la péninsule ibérique. En mars d’abord, Fourrier aide au convoyage de chars et d’avions vers la frontière espagnole. Puis il se rend à Albacete où André Marty le charge de différentes missions. En fait, il devint rapidement le courrier des Brigades internationales, transportant à plusieurs reprises la correspondance des directions entre Perpignan et Albacete. Lors de l’un de ces passages, il accompagne Togliatti, secrétaire de l’Internationale communiste. Ces activités durent jusqu’en février 1939. C’est aussi en Espagne que Jules Fourrier fait la connaissance de celle qui devient sa compagne pour la vie : Petra Murillo, militante du PCE exclue à cause de sa sympathie pour le POUM.

Après l’annonce du Pacte germano-soviétique signé le 23 août et l’entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre 1939, il rompt avec le Parti communiste français. Il devait plus tard déclarer, dans une lettre ouverte adressée à Jacques Duclos : « Je suis resté fidèle à la politique contre les fauteurs de guerre. Le Parti communiste français a, pendant des années et des années, traité Hitler comme le dernier des derniers, et aujourd’hui est-il possible de dire que le Pacte germano-soviétique, c’est la paix ? » Après cette rupture, il est sur la liste noire du PCF.

Le Parti communiste interdit, Jules Fourrier tente de regrouper quelques camarades, démissionnaires comme lui, et essaie de sauver ce qu’il est possible de sauver dans une CGT en proie à de violents débats. Mais ses tentatives sont d’autant plus vaines qu’il est lui-même l’objet de poursuites policières et suspecté d’être un faux démissionnaire, agent du PCF.

Au mois de décembre 1939, il participe à la création du groupe parlementaire de l’Union populaire française, formé députés dissidents communistes parmi lesquels Gustave Saussot, Paul Loubradou, René Nicod, Marcel Brout et Marcel Capron. Au sein de ce groupe, il combat aux côtés de Saussot et Loubradou les points de vue de Marcel Capron, favorable à une rupture plus franche avec le communisme et à l’intégration de Marcel Gitton, ex-secrétaire à l’organisation du PCF.

Mobilisé, au début de l’année 1940, dans les rangs du 93e régiment d’infanterie à Châteauroux, Fourrier est orienté vers une compagnie « d’exclus » en raison de ses condamnations pour antimilitarisme.

Il est démobilisé au mois de juillet 1940. Il se rend à Vichy lors de la convocation des Chambres et vote les pleins pouvoirs au gouvernement de la République, placé sous la présidence du Maréchal Pétain. Il s’en expliquera plus tard : « C’est une grosse erreur et je l’ai reconnue. Mais qui n’en a pas fait ? »

Fourrier s’installe en zone non occupée, à Aubusson (où sa compagne Petra Murillo a été internée, à son arrivée en France). Dès octobre 1940, il noue des contacts avec des personnalités locales comme Auguste Chambonnet (ancien parlementaire radical-socialiste) ou le groupe d'"action socialiste" local, pour créer un premier groupe de Résistance qui sera affilié à Libération-sud. La première action spectaculaire du groupe est l'organisation le 11 novembre 1942 d'une manifestation au monument aux morts d'Aubusson qui rassemble deux mille personnes.

Malgré la surveillance dont il fait l'objet, il déploie une importante activité d'organisation et de propagande dans la région d'Aubusson et le Sud du département de la Creuse. À partir de 1943, l'activité du groupe s'intègre dans l'organisation départementale et s'oriente vers la préparation de sabotages et l'encadrement des volontaires. Fourrier devient le chef des groupes du secteur.

Il est arrêté sur dénonciation le 9 janvier 1944, transféré au siège de la gestapo de Limoges et torturé. Il est déporté vers le camp de Buchenwald où il séjourne de fin janvier jusqu’au 24 février 1944. Dirigé ensuite sur Mauthausen, il est affecté à la construction de l’usine souterraine de Gusen II, le chantier le plus meurtrier du camp. Il survit par miracle, grâce à l’organisation de la solidarité dans le camp. Fourrier participe au soulèvement du camp, le 5 mai 1945. Le 19 mai, pesant à peine quarante kilos, il est, avec 1 200 autres prisonniers, rapatrié vers la France, à bord d’une forteresse. Il revint à Aubusson, après un court séjour dans la région parisienne. Deux cents personnes l’attendaient devant son domicile.

En octobre 1945, Fourrier est relevé de l’inéligibilité dont il était frappé depuis le 10 juillet 1940. Il est également lavé des calomnies qui le font passer pour un membre du Parti ouvrier et paysan français (POPF) de Marcel Capron, compromis avec le régime de Vichy. De plus, il est établi que sa signature au bas de la « Lettre ouverte aux ouvriers communistes », publiée en septembre 1941, a été frauduleusement utilisée, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres signataires (Eugène Jardon, Paul Loubradou, Emile Fouchard, Sulpice Dewez, par exemple).

Dès son retour, Jules Fourrier se consacre à la défense de la cause des déportés et internés politiques au sein de la FNDIRP. Il quitte cette organisation quand sa direction nationale décide d'envoyer un message de remerciement à Staline.

Il soutient sans succès la liste du Parti communiste internationaliste (PCI) aux législatives de novembre 1946, dans la Creuse.

Collaborateur de L’Action socialiste, organe de l’Union de la gauche socialiste, il est délégué en 1960, au congrès de fondation du Parti socialiste unifié (PSU) et initiateur des GAR (Groupes d’action de la Résistance), destinés à organiser la jeunesse réfractaire à la guerre d’Algérie,

De 1960 à 1964, Fourrier est membre du Comité politique national du PSU, où il représente la tendance socialiste-révolutionnaire, d’inspiration trotskyste. Au congrès de Lyon (novembre 1964), il est mandaté par la majorité de sa Fédération pour rompre avec le PSU, auquel elle reprochait de retarder l’unification des forces révolutionnaires.

Fourrier aide ses camarades étudiants à la création de la Jeunesse communiste révolutionnaire.

Toujours actif après les événements de mai 1968, il est responsable toulousain du Secours rouge, à partir de 1971.

En 1973, il adhère à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en 1973.

Jules Fourrier reste un militant actif de la LCR et de la Libre pensée jusqu’à la veille de sa mort le 31 juillet 1999. Ses obsèques eurent lieu à Cazals en présence de 150 personnes, avec des drapeaux rouges, le chant de L’Internationale et des discours de responsables de la LCR et de la Libre pensée.

Fourrier épouse Berthe Chatel, le 6 avril 1929, à Paris et divorce en novembre 1943 ; il  épouse Petra Murillo le 29 avril 1949 à Colomiers (Haute-Garonne).

Sources

Jules Fourrier – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier – Guillaume Bourgeois

Jules Fourrier - Wikipédia

Libération - Jules Fourrier retourne à la poussière, 12 août 1999, Gérard Desportes

Mandats électifs

Député

1936 – 1939 Groupe Communiste

1940 – 1942 Groupe Union Populaire française

Publications

Graine rouge, Jules Fourrier, Paris, Éditions La Brèche, 1983.