Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Lucien Sève (Né à Chambéry (Savoie) le 9 décembre 1926) effectue sa scolarité au lycée de Chambéry puis entre en khâgne au lycée du Parc à Lyon (Rhône). Reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, en 1945, il obtient l’agrégation de philosophie, en 1949.

Membre du Comité central

Quitte le PCF en 2010

Ses parents gèrent une petite maison d’édition, spécialisée dans la publication d’ouvrages pour l’école primaire. D’abord sympathisants, ils adhérent au Parti communiste, en 1954.

Nommé professeur au lycée français de Bruxelles, Sève, à la suite de conférences organisées par l’Ambassade de France où il prend position en faveur du marxisme, est révoqué en mai 1950, et muté au lycée de Chaumont (Haute-Marne).

Sympathisant communiste depuis l’Ecole normale, il adhère au PCF, en septembre 1950.

Il entre au secrétariat de la fédération communiste de Haute-Marne, comme responsable de la propagande en 1951. Membre du SNES, il devient le secrétaire adjoint de la section FEN-CGT de la Haute Marne en 1951-1952.

Le proviseur de son lycée l’ayant averti que de lourdes sanctions administratives contre lui étaient en préparation (toujours en raison de ses idées politiques), Sève résilie son sursis d’incorporation et accepte d'être affecté en 1952 à une unité disciplinaire de l'armée en Algérie. Il fait son service militaire (mai 1952- mai 1953) dans un ancien régiment disciplinaire de spahis à Batna, comme garde-écuries puis comme infirmier de deuxième classe.

Lucien Sève se marie en avril 1952 à Gap (Hautes-Alpes) avec Françoise Guille, étudiante communiste.

Revenu à la vie civile, Sève reprend sa place au lycée de Chaumont et au secrétariat fédéral du PCF. Il est élu conseiller municipal de Chaumont en avril 1953 et démissionne de son mandat, en septembre 1953, suite à une mutation en Gironde (toujours en raison de ses opinions politiques).

Nommé au lycée de Talence (Gironde) en octobre 1953, militant communiste à Bordeaux, il participe à la création d’une université ouvrière. En parallèle, militant de l’association France-URSS, il devient son secrétaire départemental et membre du comité national, en 1954.

En 1957, Sève obtient sa mutation pour enseigner la philosophie au lycée Saint Charles à Marseille (Bouches-du-Rhône), et il reste à ce poste jusqu’en 1970. Élu au comité de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône en 1959, responsable du travail parmi les intellectuels, il participe au bureau fédéral de 1961 jusqu’à son départ pour la région parisienne, en 1970.

Actif dans le Comité Maurice Audin, en 1959, il fait partie du bureau départemental du Comité universitaire de défense des libertés.

Membre du comité de rédaction de La Nouvelle Critique à partir de décembre 1957, il y publie des articles critiquant ce qu’il estime être un révisionnisme marxiste, et signe dans la collection Les essais de La Nouvelle critique, en 1960, deux essais : Lénine, philosophe communiste et  La Somme et le reste (dans lequel il récuse le livre dernier d’Henri Lefebvre).

Il entre au Comité central lors du XVIe congrès du PCF, en 1961, comme suppléant puis comme  titulaire en 1964. Dans les réunions du Comité central, il soutient les positions de la direction du PCF contre les analyses qualifiées «d’opportunistes» de dirigeants de l’Union des étudiants communistes (mai 1963).

En décembre 1963, Sève écrit qu’il faut retrouver la pensée de Marx pour engager de nouvelles réflexions sur la question de la déstalinisation du PCF. La parution de son livre La philosophie contemporaine et sa genèse de 1789 à nos jours, qui appelle à dépasser le dogmatisme non par le dialogue avec les chrétiens, mais par un développement créatif du marxisme, suscite un vif débat à l’intérieur du Parti communiste.

Sève appuie la thèse de la direction du PCF selon laquelle le marxisme était un humanisme.

En 1964, la revue L’École et la Nation publie une étude qui fait beaucoup de bruit et assoit sa réputation, Les "dons" n’existent pas. Pour lui, les performances des élèves résultent, pour l’essentiel, non des capacités innées mais des apprentissages favorisés ou non par les conditions familiales et scolaires.

Sève publie en 1969 Marxisme et théorie de la personnalité dans lequel il expose la conception de l’individu chez Marx, jusqu’alors sous-estimé par la tradition marxiste.

Il est nommé directeur des Éditions sociales, en 1970. Il contribue à en faire une maison d’édition à part entière, publiant l’œuvre de Marx dans des traductions de haute qualité, ouvrant son catalogue à des auteurs et chercheurs d’orientations diverses - comme, en 1976 un recueil d’articles de Louis Althusser (Positions) ou un livre de Henri Lefebvre. Il encourage la publication des recherches d’intellectuels se réclamant du marxisme, dont les orientations sont innovantes.

Après la parution de son Une introduction à la philosophie marxiste, il apparaît comme la référence des philosophes communistes pour PCF.

Au XXIIe Congrès, en 1976, Georges Marchais annonce que le parti abandonne la dictature du prolétariat. Approuvant cette décision, Lucien Sève partage l’insatisfaction d’Althusser devant l’insuffisance de souci théorique quant à ses justifications et implications. Jugeant que la direction fait preuve de carence, il s’engage dans une réflexion stratégique personnelle qui transparaît dans un livre écrit avec François Hincker et Jean Fabre, Les Communistes et l’État (1977).

En 1979, le PCF réorganise les secteurs ‘intellectuels, culture, enseignement’ et désigne Sève  comme directeur-adjoint de l’Institut des recherches marxistes, avec l’objectif de fédérer l’ensemble des recherches s’inspirant du marxisme, sans exclusive politique.

En 1982, il est chargé par le Bureau politique de rédiger le projet de résolution du XXIVe Congrès. Il juge que «le choix fait d’une stratégie autogestionnaire [rend] indispensable une profonde mutation démocratique du parti», mais toutes ses propositions allant dans ce sens sont rejetées.

En 1982, Sève décide de quitter les Éditions sociales, convaincu «qu’au sommet du parti persistait un stalinisme organisationnel».

Aux élections européennes de juin 1984, le PCF recueille 11,2 % des voix. Sève, comme de nombreux communistes, vit l’événement comme «une descente du PCF en deuxième division de la politique». Se refusant à toute autocritique de la direction, Georges Marchais refuse le rapport préparé par Claude Poperen pour le Comité central des 26 et 27 juin, et le fait réécrire successivement par Pierre Juquin et Philippe Herzog, puis par Guy Hermier et Claude Llabres Au cours de ce Comté central, Sève intervient et critique ce rapport qui ne traite pas des vraies raisons de l’échec aux dernières élections. Le parti est à ses yeux confronté à trois problèmes fondamentaux : «quelle stratégie révolutionnaire, pour quelle sorte de société, et avec quelle sorte de parti», et il se prononce pour une «refondation communiste», à partir d’une assimilation du marxisme pris dans sa totalité. Pour cela, un mode original de préparation du XXVe Congrès est nécessaire. Venant de Sève peu coutumier de la contestation, cette intervention libère la parole de plusieurs membres du comité central. La direction du PCF, un temps en difficulté, se ressaisit. Et persuadée qu’elle est en présence d’un «complot liquidateur de l’Élysée pour faire renoncer le PCF à sa ligne de classe», elle engage une lutte interne contre les courants contestataires.

Jusqu’à fin 1988, la lutte de Sève demeure principalement interne, son but étant de convaincre les communistes de l’urgence de changements. Il est désigné comme un «ennemi de l’intérieur» dans le rapport de Jean-Claude Gayssot, à la conférence nationale des 12 et 13 novembre 1988.

De 1989 à 1994, les refondateurs agissent de concert, et Sève, totalement impliqué, rédige de nombreux textes du mouvement, y compris quelques uns signés Charles Fiterman et Guy Hermier. Il publie le premier livre refondateur, Communisme, quel second souffle ? Il écrit le manifeste du mouvement pluraliste Refondations pour le lancement public du 8 juin 1991, à La Villette. Cependant, Sève reste «de façon délibérée un peu en retrait derrière les vedettes médiatiques». Il est souvent préoccupé par l’orientation que Fiterman tend à imprimer au combat refondateur, «tourné vers la simple ‘alternative progressiste’ plus que la mise en œuvre concrète de la visée communiste». En phase avec Guy Hermier et Roger Martelli, il participe en novembre 1992, au lancement de Futurs et rédige une partie de son manifeste Urgence de futur. Parallèlement, Sève continue de mener la lutte politique au sein du Comité central du PCF jusqu’au XXVIIIe congrès, en janvier 1994, au cours duquel il quitte cette instance.

Nommé en 1983, par le Président de la République membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour les sciences de la vie et de la santé, Sève anime un groupe de réflexion sur la personne et rédige un rapport-pilote, Recherche biomédicale et respect de la personne humaine (Paris, La Documentation française, 1987) qui ouvre la voie à l’élaboration des lois bioéthiques de 1994. Poursuivant sa réflexion sur ces questions, il publie Pour une critique de la raison bioéthique.

D’abord intéressé par la mutation que le secrétaire général, Robert Hue, dit vouloir opérer, Sève est finalement déçu par le manque d’avancées significatives. Puis il dénonce la «régression organisée à ses yeux» par Marie-George Buffet.

Il crée la maison d’édition La Dispute, avec d’autres anciens partenaires des Éditions sociales. Estimant avoir avancé depuis les années 1980 dans sa compréhension de la pensée marxienne, il s’engage au début des années 2000 dans la rédaction d’une tétralogie au titre général Penser avec Marx aujourd’hui : le premier tome en 2004 Marx et nous ; le deuxième en 2008 L’homme ? ; le troisième en 2014 La philosophie ?; le quatrième jamais publié Le communisme ?.

Il écrit en 2011 une anthologie des Écrits philosophiques de Marx, et en 2013 Aliénation et émancipation. Il affirme : «Dans mes ouvrages, mon souci n’est pas de me répéter mais, bien qu’octogénaire, d’aller plus loin dans le développement inventif de ce que j’appelle non pas le marxisme mais «la pensée-Marx», dont la pertinence présente et future me semble inentamée.»

L'ensemble de son œuvre est une interrogation sur l'essence humaine et sur la place de la personne dans une conception matérialiste dialectique et historique. Il publie ainsi Qu'est-ce que la personne humaine ? - Bioéthique et démocratie.

A la veille du 35eme Congrès du PCF de juin 2010, Sève annonce avec 200 autres communistes, qu’il quitte le parti. Parmi des 200 signataires, on note les noms de Pierre Zarka (ancien directeur de l’Humanité), Roger Martelli (historien), Patrick Braouezec (député de Seine Saint Denis), François Asensi (député de Seine Saint Denis), Jacqueline Fraysse (député des Hauts de Seine), Pierre Goldberg (maire de Montluçon), Patrick Jarry (maire du Mans).

Les signataires constatent qu’après près de vingt années d’effort pour refonder la politique du PCF, en restant à l’intérieur, rien n’a été possible.

Sève quitte le PCF, en dénonçant ce qu'il voit comme un «raidissement dans la pratique démocratique» d’un parti qui «n’a pas réussi à se transformer». Il ajoute dans une lettre aux militants qu'il n'arrête pas le combat : « Pour où je pars ? Pour un où qui n’existe pas encore, un où à construire d’une façon à inventer, même si je considère par exemple qu’une structure fort modeste telle que Communistes unitaires peut être bien utile pour engager ce qui doit l’être »

Il rejoint les Communistes unitaires, pour contribuer à l’élaboration collective d’une stratégie tournée vers ce que Marx appelait une "évolution révolutionnaire" à visée communiste.

 

Sources

Lucien Sève – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Jacques Girault

Mandats électifs

Conseiller municipal de Chaumont (Haute Marne): avril 1953 - septembre 1953

Responsabilités au PCF

Membre du Comité central : 1961 – 1994

Honneurs

Le prix de l'Union rationaliste (pour l'ensemble de son œuvre) - 2008.

Publications

La Philosophie française contemporaine et sa genèse de 1789 à nos jours, précédé de Philosophie et politique, Éditions Sociales, 1962

Les « dons » n'existent pas, L'École et la Nation, octobre 1964,

Marxisme et théorie de la personnalité, Éditions Sociales, 1969

Psychanalyse et matérialisme historique, Éditions Sociales, 1972

Structuralisme et dialectique, Éditions sociales, 1982

La Personnalité en gestation, dans Je/Sur l'individualité, Messidor/Éditions Sociales, 1987

Sciences et dialectiques de la nature, La Dispute, 1998

Karl Marx, Écrits philosophiques, cent textes choisis, traduits et présentés par L.Sève, Champs/Flammarion, 2011

Les Communistes et l’État, Editions sociales, 1977

Une introduction à la philosophie marxiste, Éditions sociales, 1980

Communisme, quel second souffle ? Messidor-Editions sociales, 1990

Pour une critique de la raison bioéthique, Odile Jacob, 1994).

Commencer par les fins – La nouvelle question communiste, La Dispute

Qu'est-ce que la personne humaine ?: bioéthique et démocratie, La Dispute, 2006

Penser avec Marx aujourd’hui  - Premier tome : Marx et nous, 2004 - Deuxième L’homme ?, 2008 ; Troisième tome : La philosophie ?, 2014, La Dispute

Aliénation et émancipation, La Dispute, 2013