Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Après avoir passé le certificat d’études, Marius Bourbon (né à Saint-Leu-Taverny (Oise) le 1er mai 1915, mort à Ballancourt-sur-Essonne (Essonne) le 26 mars 1974) apprend le métier de peintre en bâtiment, comme deux de ses frères (il a douze frères et sœurs).

Photo Source Maitron

Résistant

Exclu en 1946

Tous, parents et enfants, sont membres du PCF dans les années trente. Marius adhère aux Jeunesses communistes (JC) et aux Amis de l’Union Soviétique (AUS) en 1930, au Secours rouge en 1932, à la CGTU en 1935 et au PCF en 1936. Il suit les cours d’une école régionale, puis d’une école centrale des JC avant de devenir secrétaire de la région Paris-Nord des Jeunesses Communistes.

En septembre 1939, il est mobilisé et affecté dans un régiment d’artillerie. Rendu à la vie civile, il reprend contact avec le PCF clandestin en octobre 1940. On lui confie la responsabilité d’une cellule du 11e arrondissement. Il devient ensuite responsable aux cadres pour la région « Paris-Ville » sous le pseudonyme de « Cyrano ». Après le découpage de la capitale en deux secteurs, il reste sur Paris 1 mais commence à seconder Robert Dubois dans d’autres tâches de soutien à l’appareil central du parti clandestin : fausses cartes d’identité, ravitaillement, cartes d’alimentation, etc….

Le parti, en la personne d’Arthur Dalidet, lui remet des fonds pour acquérir une entreprise de peinture destinée à servir de couverture à ces activités. Marius Bourbon continuait donc à exercer son métier de peintre en bâtiment tout en assumant des responsabilités clandestines de plus en plus lourdes.

A l’automne 1941, Dallidet lui confie une nouvelle mission : créer et diriger un « groupe punitif » chargé du « châtiment des traîtres » qu’il lui désignera au nom de la direction du parti. Dans cette nouvelle fonction, son pseudonyme est « Bordeaux ». Trois militants d’Issy-les-Moulineaux lui sont affectés : Fosco Focardi, Marcel Cretagne et Émile Bevernage. Plusieurs « traites » sont la cible de leurs attaques : Marcel Gitton, Gaston Clamamus, Fernand Soupé, Clément Viala.

Bourbon rencontre chaque lundi Dallidet, puis, après l’arrestation de ce dernier, Robert Dubois, pour recevoir ses instructions et rendre compte des actions du Groupe Valmy. Parallèlement, il assume toujours la responsabilité des cadres.

Au début de l’année 1942, Marius Bourbon reçoit l’ordre d’élargir le champ d’action du Groupe Valmy, en s’attaquant aux militaires allemands et aux mouvements collaborationnistes, afin de « donner l’exemple et l’émulation aux FTP ».

De nouveaux membres sont recrutés et une campagne d’attentats est conduite en région parisienne pendant plusieurs mois, qui mit sur les dents les forces d’occupation allemandes et leurs auxiliaires français, mais qui surtout porte témoignage aux dirigeants et aux opinions publiques des pays alliés de l’existence en France d’un mouvement de résistance déterminé, en dépit de ses faibles moyens. C’est ainsi que des agents du BCRA dont la mission initiale vise à susciter des sabotages dans les usines de la région parisienne travaillant pour l’Allemagne, en viennent à fournir des armes et des explosifs au groupe Valmy au début de l’été 1942.

Après les arrestations de février 1942 qui déciment l’appareil central du PCF, un groupe de «traîtres» est rapidement désigné et condamné à mort, au terme d’une « enquête » bâclée par Robert Dubois : Georges Déziré, Elie Ventura et Jeannette Béraud. Il revient à Marius Bourbon de faire exécuter la sentence. Georges Déziré est amené par Louis Tillet à Chatou dans une des maisons refuge du service des cadres le 17 mars 1942, sous prétexte de rencontrer un « dirigeant national ». Bourbon l’y attendait, accompagné de Cretagne et Focardi. Bourbon donne le signal de l’exécution. Déziré mourut en hurlant sa foi dans le communisme et dans l’Union soviétique, semant le trouble dans l’esprit des quatre membres du groupe Valmy sur la culpabilité réelle du camarade qu’ils venaient de tuer. D’autant que Georges Déziré est reconnu innocent et réhabilité en 1970.

Le 1er octobre 1942, Marcel Cretagne et Georges Urbini tentent tour à tour, de tirer une balle dans la nuque de Mathilde Dardant mais leurs pistolets s’enrayent. La direction du parti ne veut pas croire à un concours de circonstances et somme Marius Bourbon d’exécuter lui-même la mission, sous peine d’être accusé de « provocation », un crime passible de mort en temps de guerre. Un nouveau rendez-vous est donc fixé pour le 6 octobre et l’arme de Bourbon fonctionne sans problème, à deux reprises.

L’exceptionnelle longévité du « groupe Valmy », comparée à celle des réseaux gaullistes et britanniques opérant à la même époque, va bientôt connaître son terme. Les services spéciaux allemands ont en effet réussi à « ferrer » l’un de ses membres, Lucien Magnan, grâce à une indicatrice. Tous les membres du Groupe Valmy sont successivement arrêtés. Après avoir été détenus à Fresnes, puis à Romainville, les membres du groupe sont déportés le 25 mars 1943 vers le camp de Mauthausen, en wagons de voyageurs « à (leur) grand étonnement ».

Une dizaine de jours après leur arrivée, Bourbon est transféré au camp voisin de Güsen. En juillet 1944, il est dirigé vers le camp d’Ebensee d’où il est délivré le 6 mai 1945 par l’armée américaine. En février 44, Marius Bourbon a été « mis à l’écart » de l’organisation communiste clandestine du camp.

Rentré à Paris le 31 mai 1945, Marius Bourbon se présente au siège du comité central du PCF le 7 juin, demandant à voir Raymond Dallidet.

Le service des cadres ouvre rapidement une enquête sur l’activité et la chute du groupe Valmy. Tous les survivants sont auditionnés, leurs versions des faits soigneusement recoupées avec les pièces du dossier de police. Deux « donneurs » sont identifiés de façon certaine : Lucien Magnan et Louis Tillet (mort en déportation). Concernant Marius Bourbon, son principal accusateur était le secrétaire de Jacques Duclos, Jean Laffitte.

Dans le rapport final que signe Charles Siquoir le 22 mai 1946 et qui est présenté par la Commission central contrôle politique (CCCP) au secrétariat du parti le 31 janvier 1947, tous les membres du Groupe sont condamnés et seront exclus. Les reproches adressés à Marius Bourbon pour proposer son exclusion définitive étaient résumés comme suit : « il occupait une fonction importante puisqu’il assurait la liaison entre le détachement Valmy et la direction du Parti. Il en était le dirigeant politique. Il a toléré le trafic qui s’y passait et il en a profité lui-même puisqu’il consommait une partie de la nourriture fournie pour le ravitaillement. Il a parlé, c’est à peu près certain, mais il a conservé une quantité de papiers qui, entre les mains de la police, étaient autant d’aveux et d’accusations contre les camarades. Des sommes d’argent importantes ont disparu. L’entreprise de peinture montée par le Parti pour servir de couverture à Bourbon a été liquidée par la femme Bourbon et l’argent conservé par eux. Ses fautes sont plus grandes que les services très importants qu’il a pu rendre. »

Le 7 janvier 1939, Marius épouse à Beauchamp (Seine-et-Oise) Renée Anna Piccini, fille d’un cantonnier et d’une blanchisseuse, membres du PCF. Marius et son épouse acquirent le Café des Routiers, rue d’Alesia à Paris. Ils divorcent en 1954, sans avoir d’enfant. Marius se remarie le 3 janvier 1963 avec Giovanna Solange Carlier. Après le décès prématuré de cette dernière, il vend son café et ouvre une quincaillerie à Ballancourt sur Essonne (Essonne). Il y épouse le 17 mars 1969 Ernestine Grondard .

Sources

Marius Bourbon - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Jean-Pierre Ravery

Marius Bourbon - Wikipédia

Responsabilités au PCF

Chef du Groupe Valmy

Bibliographie

Liquider les traîtres : La face cachée du PCF 1941-1943, Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Paris, Robert Laffont