Les ex-PCF

Le plus grand parti de France


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Pierre Goldman (né à Lyon (Rhône) le 22 juin 1944, mort à Paris le 20 septembre 1979) passe son baccalauréat en auditeur libre, en travaillant comme surveillant d’internat.

Membre du CN de l'UEC

Quitte l'UEC en 1968

Son père, Alter Mojsze (17 novembre 1909-1988), né à Lulin (Pologne) vient en France à l’âge de quinze ans et est naturalisé en 1930. Sa mère (biologique) Janine Sochaczewska, née à Loz, est résistante. Mobilisé en septembre 1939, Alter Goldman se bat sur le Front en mai-juin 1940 et reçoit la Croix de guerre. Démobilisé, il rejoint Lyon en zone non-occupée où il milite au sein de la résistance juive et des FTP-MOI (Francs-Tireurs Partisans - Main d’œuvre immigrée).

Ses parents se séparent quelques mois après sa naissance, sa mère étant appelée à diriger le réseau de résistance de Grenoble. Durant cette période, elle confie son fils à des nourrices. Après la Libération, le couple revit quelques mois ensemble, puis se sépare à nouveau. En 1947, sa mère ayant décidé de retourner en Pologne, son père enlève Pierre parce qu’il ne veut pas que son fils vive dans un pays antisémite et stalinien. Il le confie à sa sœur. Alter Goldman se marie en juin 1949 avec Ruth Ambrunn, une résistante juive née à Munich en 1922, dont la famille s’est installée à Lyon en 1933. Après son mariage, il reprend la garde de son fils, avec sa nouvelle femme. Pierre est officialisé comme premier enfant du couple (qui en aura trois autres : Évelyne, née en 1950, Jean-Jacques (le chanteur, son demi-frère), en 1951 et Robert en 1953).

A quinze ans, interne au lycée d’Evreux, il adhère aux Jeunesses communistes. A dix-neuf ans, il entre à l’Union des étudiants communistes (UEC), à la Sorbonne où il s’est inscrit pour des études de philosophie. Il milite à l’UEC au sein de l'opposition de gauche non-trotkiste. Il est élu au Comité national de l'UEC.

Il devient rapidement responsable du service d’ordre de l’UEC (avec Yves Janin), et son activité principale est d’organiser la chasse aux groupements d’extrême droite.

Après la reprise en main de l’UEC, en 1966, par la direction du PCF, Goldman quitte la France. Via la Tchécoslovaquie et la Pologne, il s'embarque pour les Etats-Unis. Son but est de gagner l'Amérique latine et de participer à la lutte révolutionnaire. Arrêté par la police américaine pour défaut de passeport, il revient en Europe. Après différents épisodes d’errance en Europe (Norvège, Danemark, Suède, Allemagne), il revient en France en novembre 1967, comme clandestin  (car déserteur et condamné à un an de prison par contumace).

Durant Mai 68, il aurait été un «katangais», du nom de ce commando mi gauchiste – mi voyou qui pratique des actions violentes à la Sorbonne.

Après sa rencontre avec Régis Debray, il part en juin 1968, à Cuba, puis au Venezuela où il passe un an dans les rangs de la guérilla (1).

Obsédé par la lutte armée, Goldman théorise le gangstérisme. Dès son retour en France, en septembre 1969, il commet trois braquages pour financer sa lutte : la pharmacie Farmachi, rue Ernest-et-Henri-Rousselle, dans le 13e arrondissement ; un magasin de haute couture ; les Établissements Vog ; le payeur de la caisse des allocations familiales, passage Ramey. Il projette de séquestrer le psychanalyste Jacques Lacan puis l’écrivain Jean-Edern Hallier, mais renonce au dernier moment. Un dernier braquage, celui d’une pharmacie du boulevard Richard Lenoir le 19 décembre 1969, lui vaut d’être accusé du meurtre des deux pharmaciennes.

Arrêté le 8 avril 1970, rue de l'Odéon, Pierre Goldman nie avoir participé au braquage et ne reconnaît que les trois précédents méfaits. Soutenu par les milieux de gauche, son procès déchaîne les passions. Il est dans un premier temps condamné à perpétuité par la cour d'assises de Paris le 14 décembre 1974. L'annonce du verdict se fait dans une ambiance houleuse. À la suite de ce procès, un comité de soutien est créé, une pétition est lancée, des personnalités intellectuelles ou artistiques de gauche, telles que Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Simone Signoret ou Maxime Le Forestier (qui écrira sur lui sa chanson La Vie d'un homme, 1975) prennent fait et cause pour lui. Pour l'intelligentsia de gauche, Goldman, sans nul doute, est «une victime symbolique de la mauvaise France, celle de Pétain qui perdure sous la carapace démocratique et républicaine». Le 20 novembre 1975, l'arrêt de la cour d'assises est cassé par la cour de cassation pour vice de forme (l'absence de date sur le procès-verbal des débats). Le 4 mai 1976, au terme d'un second procès à Amiens, devant la cour d'assises de la Somme, où il est défendu par les avocats Georges Kiejman et Émile Pollak, sa culpabilité n'est pas retenue pour les meurtres du boulevard Richard-Lenoir, mais il est condamné à douze ans de réclusion criminelle pour les trois autres braquages. Par le jeu des réductions de peine et de la prise en compte de la détention provisoire déjà effectuée, il sort de la prison de Fresnes le 5 octobre 1976, bénéficiant d'une mesure de libération conditionnelle.

En prison, Pierre Goldman écrit Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France, qui obtient un succès critique et populaire (plus de 60 000 exemplaires vendus). Ce livre autobiographique attire la sympathie d'une partie de l'opinion publique pour sa cause. Son second ouvrage est beaucoup plus contesté. Publié en 1977, quelques mois après sa libération, L'Ordinaire Mésaventure d'Archibald Rapoport, met en scène un personnage qui lui ressemble par certains aspects et qui commet une série d'assassinats, créant chez beaucoup de lecteurs un sentiment de malaise.

En prison, Pierre Goldman lit Kant, Hegel et obtient une licence en philosophie.

Pierre Goldman travaille pour les Temps moderne et Libération, écrit sur la musique et la danse, particulièrement la Salsa, mais reste fasciné par l’illégalisme.

Le 20 septembre 1979 il est abattu à bout portant place de l’Abbé-Georges-Hénoque (Paris XIIIe). Ce matin là, il sort de chez lui, et doit passer voir sa femme sur le point de mettre au monde leur premier enfant. Dans la rue, deux jeunes hommes en jean s'avancent à visage découvert. Goldman s'écroule sous les balles et meurt sur le coup. Les tueurs rejoignent un complice qui les attend en voiture et s'enfuient.

Un communiqué «d’Honneur de la police» revendique l’action sans provoquer une conviction complète. Les hypothèses les plus diverses ont été avancées. En 2009, le témoignage d’un participant évoque un commando de barbouzes en relation avec la DST, les RG et le SAC. Cet assassinat frappe les esprits et près de 15 000 personnes participent à ses obsèques, au Père Lachaise (3). Le PCF et le CRIF, notamment, n’ont pas participé aux cérémonies (2).

Goldman épouse à la prison de Fresnes, en août 1976, Christiane Succab.

Son père Alter Goldman, reçoit en 1988, la Légion d’honneur pour son action dans la Résistance et meurt quelques semaines plus tard.

 

Sources

Pierre Goldman – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Claude Pennetier

Pierre Goldman - Wikipédia

Génération, Hervé Hamon et Patrick Rotman, Editions du Seuil, 1987.

Publications

Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France, Paris, Seuil, 1975

L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport, roman, Paris, Julliard, 1977

Notes

(1) «Pierre Goldman s’intègre à un petit groupe de maquisards, sous les ordres du commandant Oswaldo Bareto, qui bat la montagne en attendant de regrouper ses forces. Les guérilleros évitent les affrontements, s’imposent de longues marches, traversent d’interminables phases d’expectatives. Goldman qui s’imaginais de loin comme Che dans la Sierra, courant d’embuscades en escarmouches, découvre des réalités plus prosaïques : le mal aux pieds, les moustiques, l’ennui, la fatigue. Trop peu pour assouvir son désir de purification par le feu, le sang…. »

Ayant dérobé des boîtes de conserves, il est jugé par des compagnons. «Goldman est condamné. La sanction est pour lui d’une extrême sévérité : il doit quitter le maquis »

Génération, Hervé Hamon et Patrick Rotman.

(2) Le Parti communiste et la plupart des organisations qu'il contrôle n’ont pas envoyé de représentants. Cette attitude provoque de sérieux remous notamment au sein de la Fédération communiste de Paris. Au cours de plusieurs réunions internes des critiques ont été émises contre la direction dépassant le cercle des habituels "intellectuels contestataires". La décision du PCF de ne pas participer aux obsèques de Pierre Goldman a soulevé une considérable émotion parmi les intellectuels du PC. En quelques heures, un appel à se joindre aux obsèques a rassemblé plusieurs centaines de signatures. Parmi les signataires : E. Balibar, J. Bruhat, C. Bucci, C. Clément, Jean-Pierre Delislez, J. Ellenstien, Raymond Jean, Labica, Gilles Perrault, Y. Quilles, R. Rapaport, J. Rony, Antoine Spire etc,… Les signataires "indignés par l'attentat fasciste", se réclament des "traditions de lutte anti-fascistes et démocratiques du PCF" pour expliquer leur geste.

Pour le Consistoire israélite, un vif débat s'est engagé en son sein : l’assassinat de Pierre Goldman est-il oui ou non un acte anti-sémite. Fallait-il oui ou non réagir ? Une douzaine de personnalités connues à des titres divers dans la communauté juive, en désaccord avec l'abstention officielle, ont publié mercredi un appel à participer aux obsèques de Pierre Goldman. J.L. Allouche, R. Ascot, Claude Cohen-Tannouji, Emmerick Deuch, A. Gluksman, le rabbin Grunewold, Vladimir Yankelevitch, Y. Jouffa, R. Marienstras, J. Pierre-Bloch, H. Steiner, André Wormser, L. Schwarzenberg : "Pierre Goldman était juif, révolutionnaire, intellectuel, ancien délinquant ayant payé sa dette à cette société. Il était bien plus encore. Nous ne savons pas pourquoi il a été assassiné. Il se peut que ce ne soit pas par anti-sémitisme. Il se peut aussi que ce soit par anti-sémitisme. Mais tout incite à penser, au regard de l'évolution présente, que ce meurtre s'inscrit dans une progression rampante du fascisme. Ce meurtre a été voulu comme test. Il fera donc date. Se taire serait un choix irresponsable. Il est du devoir de tous les courants de la communauté juive de veiller à l'aboutissement de l'enquête. Il est de leur devoir de le manifester. C'est pourquoi nous appelons à l'enterrement de Pierre Goldman". Parler de sa vie

Liens

(3) Obsèques de Pierre Goldman - INA