Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Fils d’un banquier, François Furet (né à Paris le 27 mars 1927, mort à Toulouse (Haute-Garonne) le 12 juillet 1997) étudie au lycée Janson-de-Sailly.

Historien

Départ en 1959

Il commence des études à la faculté de lettres et à la faculté de droit de Paris mais, atteint de tuberculose, il doit les interrompre en 1950. Il passe plusieurs mois en sanatorium dans les Alpes, à Saint Hilaire du Touvet (Isère), puis, convalescent, poursuit ses études jusqu'en 1954 au centre de post-cure de la Fondation de France, à Paris.

Son grand-père paternel est dreyfusard, son grand père maternel, Alfred Monnet, sénateur républicain et son oncle, Georges Monnet, député socialiste et ministre de l’Agriculture dans le premier gouvernement Blum.

Furet participe à la Résistance, à Paris, dans les rangs du Front national étudiant, à partir de février 1944. Puis, à la suite de l’arrestation de l’un de ses camarades, dans le Cher, il entre dans les FFI, en juillet 1944.

Furet obtient l’agrégation d’histoire en 1954 ; il est nommé professeur de lycée à Compiègne où il enseigne jusqu'en 1955, avant d'être muté à Fontainebleau.

En 1956, il devint attaché de recherches au CNRS. Il n’achève pas son doctorat sur la «bourgeoisie parisienne au temps des Lumières» (cependant il publie en 1961, quelques-uns de ses résultats en collaboration avec Adeline Daumard, dans un Cahier des Annales).

En 1961, il entre comme sous-directeur d’études à la VIe section de l’École pratique des hautes études. Maître de conférences en 1964, il est promu directeur d’études en 1966, puis président de cet organisme (devenu en 1975, École des hautes études en sciences sociales) de 1977 à 1985. Son itinéraire intellectuel s’identifie, dans un premier temps, avec la revue les Annales, dont il défend la rupture avec l’histoire événementielle.

Furet entend promouvoir une nouvelle histoire politique qui affirme l’autonomie du politique par rapport au social. Sa doctrine : ne plus lire la Révolution française comme le simple effet des évolutions économiques, mais aussi comme un processus politique mu par la «passion de l'égalité», une passion qui porte en germe la violence politique. Son analyse permet de pointer l'autonomie de la sphère politique dans les événements historiques et de faire comprendre que la seule façon de prévenir des dérapages meurtriers est de ne jamais transiger avec les principes démocratiques.

Parallèlement à cette carrière universitaire et non sans interaction avec ses recherches, Furet s’engage politiquement. Il rejoint en mars 1949, les Jeunesses communistes (UJRF). Sur cet engagement, il dit qu’il s’est inscrit au Parti communiste « comme les autres » (son frère Jean et sa sœur Hélène suivent le même parcours) et que, pour l’intellectuel qu’il est, l’engagement communiste permet de « retrouver un lien mythique avec le peuple, avec la classe ouvrière » avec « en prime, une explication globale et exhaustive de la société».

Il qualifie ultérieurement son adhésion d’« adolescence tardive dans les rangs du PC».

En 1949, il est secrétaire de la cellule de Droit ; membre du secrétariat de rédaction de Clarté, mensuel de étudiants communistes. En 1950, il est secrétaire de l’association des étudiants de Saint-Hilaire-du-Touvet puis vice-président de l’association générale des étudiants en sana (UNEF). Il devient ensuite membre du conseil d’administration de l’UNEF.

Il quitte le PCF en 1959. Mais Furet date son départ du PCF, en 1954 ou en 1956 (indications contradictoires de sa part). De plus, dans les années 1957-58, il semble qu’il fasse amende honorable pour être entré en contact avec le Club de la gauche, qui rassemble des intellectuels proches des milieux mendésistes et de la revue Les Temps modernes. Vers fin 1957 ou du début 1958 il n’indique qu’un seul point de divergence avec la direction : «certaines positions idéologiques concernant une discipline l’Histoire»; il souhaite que « les historiens puissent se réunir, pour examiner avec des représentants de la direction du Parti certaines questions qui méritent discussion, par exemple : le fait historique, l’objectivité en histoire, etc… » .

Après son départ du PCF, il participe à la création du PSU et reste durablement dans la mouvance de cette «deuxième gauche» anti-totalitaire.

Il devient dès 1958 (d’abord sous le pseudonyme d’André Delcroix), un collaborateur régulier de France-Observateur puis, jusqu’à sa mort, du Nouvel Observateur.

Après mai 1968, il est conseiller d’Edgar Faure alors que celui-ci entreprend une vaste réforme du système universitaire français.

En février 1979, il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson

En 1982, il crée avec Pierre Rosanvallon, la Fondation Saint-Simon, lieu de rencontre des universitaires, des hommes politiques et des responsables économiques ; en fait, un club de patrons et de hauts fonctionnaires qui joue un rôle majeur dans le ralliement de la gauche au libéralisme économique.

En 1965,  Furet consacre son premier ouvrage à la Révolution française. Cette synthèse écrite avec Denis Richet, richement illustrée et destinée au grand public, n’en fait pas moins date dans le milieu des historiens. En effet, à rebours de l’historiographie économique et sociale qui domine en Sorbonne, contre la tradition qui, de Jean Jaurès à Albert Soboul, lisait 1793 et la période de Salut public comme un approfondissement de la Révolution. Furet et Richet analysent le processus qui a conduit de l’échec du compromis constitutionnel à la Terreur, comme un « dérapage» de la Révolution du fait de «l’irruption violente des masses». Ils qualifient l’année 1790, quand la révolution libérale paraît s’imposer, d’«année heureuse». L’ouvrage provoque une violente polémique. Il est qualifié de «révisionniste» par les tenants de l’histoire économique et sociale, notamment par Claude Mazauric qui se pose en défenseur de l’interprétation sociale de la Révolution et, à travers elle, d’une lecture marxiste de l’histoire.

Ce sont précisément cette interprétation et cette lecture de l’histoire qui sont la cible des articles que François Furet publie à partir de 1971 et qui sont réunis sous le titre Penser la Révolution française en 1978. Cette fois l’historien ne propose pas de récit de la Révolution, il se livre à une critique de l’historiographie classique qualifiée de « vulgate marxiste » ou de «catéchisme révolutionnaire». En réponse à ceux qui ont critiqué la notion de «dérapage», il réfute ce qu’il dénomme «l’excuse débile des circonstances», interprétant la Terreur non comme une réponse conjoncturelle à une situation exceptionnelle mais comme un système. Ancrant sa réflexion dans l’actualité immédiate il invoque l’œuvre de Soljenitsyne et, retournant la filiation entre jacobins et bolcheviks, il soutient : «le Goulag conduit à repenser la Terreur en vertu d’une identité de projet».

En 1988 il dirige avec Mona Ozouf un Dictionnaire critique de la Révolution française qui apparaît comme l’expression d’une nouvelle école.

L’après 1989, l’URSS ayant disparu, il se propose de faire histoire de l’imaginaire communiste. Le passé d’une illusion (1995) lui permet de livrer sa propre lecture du XXe siècle. Son XXe siècle est dominé par l’affrontement de deux idéologies, le nazisme et le bolchevisme, qui prennent racine dans le même événement matriciel (la Première Guerre mondiale) et qui partagent la même haine du libéralisme. Phénomènes religieux, leur face à face a comme dévoré le siècle.

A partir de 1985, il est professeur permanent à l’université de Chicago.

Il est docteur honoris causa des Universités de Harvard et de Tel Aviv. Il est membre de l'American Academy of Arts and Sciences, de l'American Philosophical Society.

Il est élu à l'Académie française, le 20 mars 1997 mais il décède peu après, à la suite d'une chute survenue lors d'un match de tennis. Sa disparition l'empêche d'être officiellement reçu à l'Académie française.

Sources

François Furet – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Patrick Garcia

François Furet – Wikipedia

Ce que fut François Furet, Eric Aeschimann, Le Nouvel Obs, 30 mai 2013.

Honneurs

Chevalier de la Légion d'honneur‎

Elu à l’Académie française en 1997.

Membre de l’Académie américaine des arts et des sciences

Grand prix Gobert de l’Académie française (1995)

Prix Chateaubriand

Prix Hannah Arendt

Le collège François Furet à Antony (Hauts-de-Seine), 2003.

Biographies

François Furet. Les chemins de la mélancolie, Christophe Prochasson, Stock, "Biographie", 2013.

Publications

Structures et relations sociales à Paris au XVIIIe siècle, avec A. Daumard, Cahiers des Annales, Armand Colin, no 18, Paris, 1961.

Le mouvement du profit en France au XIXe siècle, avec J. Bouvier et M. Gillet, Mouton, 1965.

La Révolution française, avec D. Richet, Hachette-Réalités, Paris, 1965-1966, rééd. Pluriel, 1986.

Penser la Révolution française, Gallimard, 1978, 2e éd. revue, 1983. —

L’atelier de l’histoire, Flammarion, 1982.

Terrorisme et démocratie, avec A. Liniers et P. Raynaud, Fayard, 1985. —

Marx et la Révolution française, avec L. Calvié, Flammarion, 1986.

La gauche et la Révolution française au milieu du XIXe siècle, Hachette, 1986.

Edgar Quinet et la question du jacobinisme, 1865-1870, Hachette, 1986.

La Révolution de Turgot à Jules Ferry, 1770-1880, Hachette, 1988.

La République du Centre, la fin de l’exception française, avec P. Rosanvallon et J. Julliard, Calmann-Lévy, 1988.

Dictionnaire critique de la Révolution française, en co-direction avec M. Ozouf, Flammarion, 1988.

L’héritage de la Révolution française, Hachette, 1989.

Le siècle de l’avènement républicain, Gallimard, Paris, 1993.

La Gironde et les Girondins, en co-direction avec M. Ozouf, Payot, 1993. —

Le passé d’une illusion essai sur l’idée communiste au XXe siècle, Robert Laffont / Calmann-Lévy, 1995.

La monarchie républicaine. La Constitution de 1791, avec R. Halévy, Fayard, 1996. — Fascisme et communisme, avec E. Nolte, Plon, 1998.