Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Issu d'une famille d'artisans, Serge Mallet (né à Bordeaux (Gironde) le 20 décembre 1927, mort à Saint-Maximin (Gard) le 16 juillet 1973), obtient sa première partie du bac et pour participer à la Résistance, abandonne ses études en 1943. Il prend le maquis en Charente et en Gironde, aux côtés d’une jeune femme de cinq ans son aînée, chef d’un corps franc, Michèle Guérillon, qu’il épousera le 15 décembre 1948.  

Mallet est arrêté et torturé mais réussit à s’échapper.

Il adhère en 1945 au Parti communiste français. Il devient dès 1945 journaliste pour la presse du parti et correspondant départemental du quotidien Ce soir dirigé par Louis Aragon. En 1948, il est admis à l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC, futur FEMIS) à Paris, ce qui lui permet de s’initier au cinéma militant. Ainsi, il collabore en 1950, aux côtés de Jean Beckouche, Jean-Jacques Sirkis et Raymond Vogel à la réalisation de Terre tunisienne, moyen-métrage anticolonialiste sorti l’année suivante

En 1951, il devient secrétaire général de l'association d'éducation populaire ‘Travail et culture’, proche de la CGT.

Les événements de 1956 (rapport du  XXe congrès, intervention militaire soviétique en Hongrie...) lui font prendre ses distances avec la ligne du parti. En conséquence, il n'est pas reconduit dans ses fonctions à ‘Travail et culture’.

Il se retrouve sans travail et traverse une période difficile. Il obtient finalement un soutien financier de la part de Jean-Paul Sartre qui envisage de publier des articles de Mallet dans Les Temps modernes.

En 1958, il rompt définitivement avec le PCF et, dans le sillage de Jean Poperen, participe à la création de ‘Tribune du communisme’. Il publie alors de nombreux articles à la fois dans Les Temps modernes et dans France Observateur, dont il devient membre du comité de rédaction en 1961. Il publie aussi dans les revues La Nef et Esprit.

La qualité théorique de son travail est remarquée par des sociologues français et étrangers, d’Alain Touraine à Herbert Marcuse, qui incitent le jeune journaliste autodidacte à s’orienter vers l’Université. À partir de 1961, il peut faire valoir le titre de chef de travaux à l’École pratique des hautes études auprès d’Alain Touraine, pour pouvoir collaborer avec des revues scientifiques comme la Revue internationale de sociologie ou Études rurales.

Lors de la création du Parti socialiste unifié, (PSU) en 1960, Mallet est élu membre du Comité politique national de cette organisation dont il fait figure de principal inspirateur idéologique Il collabore à l’hebdomadaire du PSU, Tribune socialiste, tout en réservant ses contributions les plus importantes à France-Observateur. Il s’impose comme l’« idéologue » du PSU et comme le véritable « porte-parole de la gauche nouvelle ».

Il est alors proche du courant "Renouveau socialiste", porté par Gilles Martinet et Pierre Belleville. Il s'éloigne de Jean Poperen qui défend une ligne plus classique.

Très impliqué dans la lutte contre la guerre d’Algérie – son appartement est plastiqué par l’OAS en janvier 1962 – Serge Mallet se prononce pour le « oui » au référendum sur les accords d’Evian, alors que son parti appelle à voter « nul ».

En 1963, il publie La Nouvelle classe ouvrière, qui résume ses théories sur l'évolution sociologique des pays capitalistes : l'émergence de "couches nouvelles" dans la société modifie la nature des revendications de classe dans la société. Celles-ci sont en effet moins intéressée par l'amélioration matérielle de leur situation, qui est déjà satisfaisante, que par l'accès aux responsabilités dans la gestion de l'entreprise et dans la détermination des politiques économiques globales. Son livre, plusieurs fois réédité, traduit en une douzaine de langues, connaît un écho considérable dans les milieux de la nouvelle gauche internationale, suscite de vives controverses, contribuant à asseoir la notoriété de son auteur. Il est convié à de nombreux débats en France et à l’étranger et invité à enseigner à l’Université de Montréal.

Ses analyses, qui rencontrent celles du courant Reconstruction de la CFTC (en passe de devenir la CFDT) et du philosophe André Gorz, vont constituer la base de la revendication autogestionnaire de la "deuxième gauche", jusqu’à la fin des années 1970.

Il s'implique aussi, plus tard, dans la revue Autogestion et socialisme, animée par Yvon Bourdet, ainsi que dans la revue théorique du PSU, Critique socialiste.

En 1967, il prend acte des mauvais résultats du PSU lors des élections législatives et signe la motion "unitaire" déposée par Jean Poperen lors du congrès du parti, qui propose l'adhésion à la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Minoritaire, il décide, contrairement à Poperen, de rester au PSU mais n'y exerce plus de responsabilité.

Il analyse ensuite le mouvement de mai 68, et son échec, comme l'illustration de ses théories, les résistances de "l'ancienne conscience ouvrière", encadrée par la CGT et le PCF ayant empêché le triomphe des aspirations portées par les nouvelles couches sociales.

Candidat PSU aux législatives de 1968 en Loire-Atlantique, il n'obtient que 6 % des voix. En 1969, il est à nouveau élu au bureau national du PSU.

En 1970, il soutient une thèse de doctorat et obtient un poste à l'Université de Vincennes.

À partir de 1971, il est responsable de la commission des "minorités nationales" au sein du PSU, et milite activement pour la cause régionaliste. Lui-même, se réinstalle progressivement dans sa maison de Comps, sur le plateau du Larzac. Il décide, en juin 1973, de quitter Vincennes et la région parisienne pour enseigner à l’Université de Bordeaux. Il travaille à un projet de regroupement de la gauche occitane autour d’un manifeste, « Pour une Occitanie libre et rouge ». Il n’a pas le temps de s’engager plus avant dans sa nouvelle vie. Il meurt brutalement, au mois de juillet 1973, à l’âge de quarante-cinq ans, victime d’un accident de la circulation sur une route du Gard.

Il est décoré de la médaille du combattant volontaire de la résistance à la Libération.

 

Sources

Serge Mallet – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier – Frank Georgi

Serge Mallet - Wikipédia

Publications

Paysans contre le Passé

Le Gaullisme et la Gauche, Seuil, 1965

La nouvelle classe ouvrière, Seuil, 1963

Le pouvoir ouvrier, Editions Anthropos, 1971

Honneurs

A Eysines (Gironde), une rue porte le nom de Serge Mallet, « célèbre sociologue » girondin, auteur de travaux sur la « nouvelle classe ouvrière » et le « pouvoir ouvrier », défenseur des « cultures régionales » et « militant de l’Occitanie » (1981).