Les ex-PCF

Le plus grand parti de France


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Fils d’un employé de bureau et d’une plumassière, Léon Piginnier (né à Paris le 6 avril 1884, mort à Malakoff (Val de Marne) le 24 août 1944), ouvrier lithographe, est arrêté le 27 décembre 1903 pour avoir manifesté, crié boulevard Montmartre «Vive la grève !», «À bas les placeurs !» et brisé plusieurs vitrines de commerçants. Il est alors sans emploi.

Député

Départ en 1939

Poursuivi pour «dégâts et bris de clôture», il obtient un non-lieu le 27 janvier 1904.

Il fait la guerre de 14-18 comme sapeur dans le génie et il est décoré de la Croix de guerre pour actes de courage à Verdun. Il est blessé en 1918.

Piginnier, sitôt démobilisé, adhère à la section socialiste de Vanves et crée une section locale de l’Association républicaine des anciens combattant (ARAC) dont il devient le secrétaire.

En 1921, il fonde à Malakoff l’imprimerie ouvrière coopérative, «La Typo-litho», qu’il dirige de 1920 à 1925.

Partisan de l’adhésion à la IIIe Internationale, Piginnier rejoint les rangs du Parti communiste (SFIC), après le Congrès de Tours (décembre 1920).

Militant très actif, il est désigné pour conduire à Malakoff, la liste d’Unité prolétarienne et socialiste aux élections municipales de mai 1925. Il est élu maire le 17 mai 1925, par une assemblée composée de quinze communistes et de douze socialistes-communistes.

Il abandonne la direction de son imprimerie (il en reste néanmoins administrateur et actionnaire jusqu’à sa mort) pour se consacrer à ses fonctions municipales. Il se révèle un excellent gestionnaire très estimé de la population et s’affirme comme un des maires communistes les plus en vue de la région parisienne. D’une stature imposante, portant une longue barbe (il était surnommé Le Bouc) et bien que boitant légèrement, il devient vite une figure populaire dans sa commune. Il se sépare de son premier adjoint socialiste, Robert Roche, en février 1927, donnant à cette décision des raisons administratives et non politiques.

En 1927, il fonde une section des Amis de l’Union soviétique.

Piginnier est réélu maire en mai 1929, cette fois à la tête d’un conseil entièrement constitué de conseillers communistes. Il est à nouveau réélu en mai 1935.

Parallèlement, il fait partie du bureau de l’Union des municipalités ouvrières de la région parisienne en 1929, puis de l’Union amicale des maires de la Seine dont il est vice-président entre 1935 et 1937. Il est avec Georges Marrane, Albert Vassart et Marcel Capron une figure majeure de l’action communiste dans les municipalités de la région parisienne. Son œuvre dans le domaine de l’urbanisme et des questions sociales est à souligner.

En 1935, Piginnier est élu conseiller général pour les communes de Vanves et de Malakoff. Membre des commissions de l’enseignement-apprentissage et de l’extension-aménagement-habitation, il s’attache particulièrement à l’étude du plan d’aménagement de la région parisienne.

Candidat malheureux aux législatives de 1928 et de 1932, il est élu député, en 1936.

A l’Assemblée, il est membre de la commission de l'administration générale, départementale et communale, et s'intéresse essentiellement aux questions d'administration locale. Aussi, dépose-t-il une proposition de loi tendant au rajustement des retraites des employés communaux.

Piginnier est mobilisé en septembre 1939, mais semble-t-il, rapidement libéré.

Il désapprouve la signature du Pacte germano-soviétique. Mais il est l’un des premiers adhérents du Groupe ouvrier et paysan français (GOPF), créé le 29 septembre 1939. 

Il est arrêté le 8 octobre 1939 pour avoir participé à la constitution du GOPF, et déclare lors des interrogatoires qui suivent son arrestation : «Dès fin août, je n’ai pu admettre le Pacte germano-soviétique comme un facteur de paix et l’idée m’était venue de quitter le parti auquel j’étais adhérent… Le jour où le Parti communiste français a été dissous, j’ai cessé de faire partie de la IIIe Internationale communiste. »

Au début octobre 1939, une délégation spéciale présidée par Georges Guillet, prend le contrôle de la municipalité de Malakoff, sur mandat de la Préfecture. Le secrétaire général de la mairie prête son concours entier au nouveau pouvoir municipal et au prix d’une trentaine de licenciements et révocations, Guillet peut dire le 21 mars 1942 : "nous sommes parvenus à faire régner l’esprit nouveau".

Piginnier démissionne de son mandat de député par une lettre au président de la Chambre, le 30 novembre 1939 et dénonce la "collusion de l’Union soviétique et de l’Allemagne hitlérienne" dans un lettre du 8 décembre 1939.

Il est mis en liberté provisoire le 23 janvier 1940 puis déchu de son mandat de conseiller général le 25 février 1940. Acquitté par le conseil de guerre en février 1940, Piginnier adresse une lettre à Paul Reynaud, que certains journaux, tel le Temps, reproduisirent, dans laquelle il déclare : «Oui, il faut avoir le courage de savoir répudier une action qui est contraire aux intérêts du pays et ne pas laisser croire que l’on puisse être d’accord avec l’Internationale communiste et l’Union soviétique pour ses attaques contre les petits peuples qui entendent conserver leur liberté.»

Déchu de ses fonctions de premier magistrat de Malakoff le 23 février 1940, Piginnier fait appel devant le conseil d’État, sans succès.

Il est appréhendé le 12 juin 1940 et interné au camp de Baillet (Seine-et-Oise) puis à celui de Buzet-sur-Baize (Lot-et-Garonne) et enfin à celui de Nexon d’où il est libéré le 1er mai 1941, mais assigné à résidence en zone libre, à Montluçon (Allier).

Un tract en date du 1er octobre 1940, intitulé «Démasquons les traîtres et les renégats» le dénonce : «La section communiste de Malakoff se doit de démasquer les agissements de celui qui avait su capter la confiance de la population et qui vient de trahir son Parti et la population du canton de Malakoff. Arrêté en même temps que les autres députés communistes pour avoir signé la fameuse lettre du Groupe ouvrier paysan, l’ex camarade Piginnier Léon se dégonflait lamentablement pendant l’instruction. Ne voulant pas jouer les martyrs, il se mettait à plat ventre devant ceux qui devaient si bien trahir le pays et museler les travailleurs. Il donnait sa démission de député, voulant paraître honnête, mais ne donnait pas sa démission de conseiller général, restant ainsi le valet de la bourgeoise.»

Piginnier ne respecte pas son assignation à résidence à Montluçon, et rentre à Malakoff où il est arrêté et envoyé en Allemagne, au camp de Hinzert. Il y est détenu jusqu’en septembre 1942 dans un Stalag. Autorisé à revenir à Malakoff, il signe la « Lettre ouverte aux ouvriers communistes » de Marcel Gitton. Il entre en 1942, au comité central du POPF et devient également membre du Comité ouvrier de secours immédiat.

Après le tract du 1er octobre 1940, Piginnier est à nouveau désigné comme traître, par le PCF en 1943.

A la Libération, une lettre anonyme met en garde sa femme, Julia, le 11 août : "il est de tout urgence que votre mari disparaisse pendant quelques semaines s’il tient à la vie. Ne perdez pas de temps. Je me ferais connaître lorsqu’il sera sauvé." Resté à Malakoff, car il pense n’avoir rien à se reprocher, le 19 août 1944, il est invité à suivre des résistants communistes, deux jeunes hommes qu’il connaît, en civil mais armés, et conduit à la mairie. Là une discussion vive s’engage entre ceux qui veulent qu’il joue à nouveau un rôle dans la ville et les communistes partisans de sa mise à l’écart définitive. Il est emmené dans une école maternelle où sa femme Julia et ses deux filles lui apportent ses repas et du linge, jusqu’au 24 août à 18 heures 30 (il pense alors être mis en liberté surveillée). Le lendemain matin à 8 heures, Julia ne trouva plus personne.

Un témoin raconte : "Une voiture française armée de mitraillettes et de revolver a sommé les gardiens des prisonniers de lever les bras et ont dit à Monsieur Piginnier de venir avec eux. Ne se pressant pas ont déchargé sur lui leurs armes et se sont enfuis à vive allure". Un autre témoin déclare : "Vers 11 heures, deux individus se présentant rue Parmentier avec revolvers et mitraillettes ont demandé Monsieur Piginnier. Il se leva et on lui dit ’ton heure est venue, assieds-toi’ mais il refusa et leur dit : ’rendez surtout mon corps à ma famille et tomba avec une balle dans le cœur et une derrière la tête".

Le corps est retrouvé sur un brancard, sous un drap blanc, au stade Lénine de Malakoff. C’est la Croix rouge qui prévient la veuve. Celle-ci porte plainte pour meurtre. Il faut attendre décembre pour qu’elle soit entendue par un officier de police. Une exhumation est faite, fin décembre 1944, et le corps est conduit à l’institut médico-légal, où il est constaté que Piginnier a été tué d’une balle dans le cœur et d’une balle derrière la tête. Par la suite, Julia  Piginnier n’entend plus parler de rien.

Les informations les plus diverses circulent à propos de Piginnier : dans les camps il aurait signé et incité à signer les déclarations de ralliement à l’État français pour sortir (mais il est question de Pithiviers où il n’a jamais été) ; pendant son séjour en Allemagne, il aurait travaillé comme jardinier pour les Allemands et fait des conférences. Par la suite les responsables locaux renvoient vers Jules Malzac qui a été chargé d’une enquête et qui était présent lors de l’arrestation de Piginnier.

Le mystère de son assassinat reste entier.

Pendant longtemps son nom disparaît de la mémoire officielle communiste.

En 1985, à l’occasion du 60e anniversaire de la municipalité communiste, le bulletin municipal publie en première page un photographie de groupe où apparaît Piginnier, mais sans citer son nom. Le maire, Léo Figuères, fait de même dans son éditorial en ne parlant que du "premier maire communiste de Malakoff" et évoquant le seul nom de Léon Salagnac, premier adjoint de Piginnier et maire après 1945.

Le nom de Piginnier réapparaît localement dans les années 2000 à l’occasion d’une exposition organisée par Catherine Bruant sur l’urbanisme de Malakoff, un panneau étant consacré à sa personnalité.

Piginnier se marie le 30 mai 1908 à Paris avec Julia Lacombe, couturière, né à Figeac. Ils eurent deux filles, Renée et Denise.

Sources

Léon Piginnier – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Claude Pennetier

Léon Piginnier – Assemblée Nationale

Léon Piginnier – Wikipedia

Mandats électifs

Maire de Malakoff : 1925  – 30 Septembre 1939

Conseiller général : 1935 – 1940

Député :   1936 – 30 novembre 1939

Honneurs

Croix de guerre