Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Son père, qui avait échoué au concours d’entrée à Polytechnique, tenait un cabinet de géomètre. Il lui transmet l’amour de Plutarque, de Shakespeare et des Mille et Une Nuits. Roger Vailland (né  à à Acy-en-Multien (Oise) le16 octobre 1907, décédé à Meillonnas (Ain) le 12 mai 1965) grandit dans le quartier de la rue Mouffetard. Après 1918, ses parents s’installent à Reims.

Ecrivain, Résistant

Départ en 1959

En 1925, la famille emménage à Montmorency. Deux ans plus tard, sa grand-mère le loge dans son appartement parisien de la rue Pétrarque. Il s’inscrit en classes préparatoires, au lycée Louis le Grand, afin de tenter Normale Sup’, puis à la Sorbonne, dans le but d’y passer une licence de lettres. Il renonce rapidement à poursuivre ses études. Avec des camarades de lycée, il forme le groupe des Phrères simplistes ; ils cherchent à travers les drogues et l'alcool le dérèglement de tous les sens. Ils sont surréalistes sans le savoir.

En 1924, Vaillant découvre la drogue et goûte à la boxe et aux rings.

En 1928, grâce à l’appui de Robert Desnos, Vailland est embauché à 31 ans par Pierre Lazareff (qui a le même âge) à Paris-Midi. Journaliste à succès, Vailland sera en janvier 1931 affecté à la rubrique politique étrangère de Paris-Midi ; puis, quelques semaines plus tard, à la direction de la politique étrangère de Paris-soir, où il deviendra un observateur en première ligne de la montée des périls... Abyssinie, Espagne, Portugal, Suède.

A cette époque, il côtoie le tout-Paris littéraire : Cocteau, Gide, Prévert, Marcel Duhamel, Michel Leiris, Raymond Queneau, Benjamin Péret, James Joyce, les papes du surréalisme Louis Aragon et André Breton.

Il est le fondateur de la revue expérimentale Le Grand Jeu, avec ses amis des Phrères simplistes. Il se dépense sans compter pour sa revue. André Breton s'alarme de ce jeune homme insolent et turbulent, qui pourrait lui faire ombrage, et organise le 11 mars 1929, au Bar du Château, un procès dont Louis Aragon est le procureur, au prétexte qu'un article de Roger Vailland fait l'éloge du préfet Chiappe. Vailland est durablement anéanti et se retire. Lui parti, la revue s'effondre : il n'y aura que trois numéros de Grand Jeu.

Au début des années trente, il se proclame « communisant ». Un texte, Un Homme du peuple sous la Révolution, écrit en collaboration avec Raymond Manevy et qui paraît en feuilleton dans Le Peuple, organe de la CGT, est sa contribution, au Front populaire.

Après 1940, à Lyon, où la presse parisienne s’est repliée, reporter à Paris-soir (qui pendant l’Occupation sera surnommé Pourri-soir), Roger Vailland observe la « drôle de guerre » et la débâcle. Sensible aux sirènes attentistes, il envisage un temps d’écrire pour le journal de Marcel Déat, son ancien professeur de philosophie, qu’il a retrouvé à Vichy. Il juge à l’automne 1940 Philippe Pétain « pas si mal que ça » (il n’en était pas encore à l’appeler le «Maréchal Ubu»).

En 1942, il s'engage (après une cure de désintoxication) dans la Résistance aux côtés des gaullistes puis des communistes. Agent du réseau BCRA (Bureau central de Renseignements et d’Action), avec le grade de lieutenant du réseau Vélite-Thermopyles, un réseau mêlant gaullistes et communistes, sous les ordres de Daniel Cordier, il fait du renseignement, prépare des caches, accueille et planque des émissaires arrivés de Londres et organise des parachutages. En 1944, il est grillé et doit se planquer à Chavannes-sur-Reyssouze (Ain) où il écrit son premier roman, Drôle de jeu.

En 1945, il devient correspondant de guerre, pour Action et Libération, et suit la bataille d’Alsace, le front en Hollande, la contre-offensive des Allemands dans les Ardennes. En Allemagne, au printemps 45, il assiste à la chute du château de Sigmaringen, quelques heures après que la fuite de Pétain puis fête la victoire dans les hauteurs de Berchtesgaden, le nid d’aigle d’Hitler.

En 1945, il sort son premier roman Drôle de jeu (Prix interallié), les aventures d’un libertin entré dans la clandestinité.

Lors d’un reportage en Egypte, Vailland est arrêté, jeté en prison et emmené des chaînes aux mains et aux pieds sur la plate-forme arrière d’un camion... (Il en fait écho dans La Fête.)

En 1952, de passage en Italie chez Malaparte, il écrit la pièce de théâtre Le colonel Foster plaidera coupable, pièce contre la guerre de Corée. La pièce est interdite et Vailland en réaction contre le climat anticommuniste en France, envoie à Jacques Duclos, alors emprisonné pour le « complot des pigeons », son adhésion officielle au Parti Communiste.

En 1954, il épouse Élisabeth Naldi, fille d’un homme politique italien, Filippo Naldi. Installés dans leur maison de Meillonnas, ils collent ensemble des affiches, distribuaient des tracts. Les réunions de cellule du village se tiennent chez les Vailland.

Henri Bourbon, qui est cheminot et député communiste de l’Ain, l’introduit dans une usine, où les accidents du travail sont fréquents. Vailland s’inspirera de cette vision du travail en usine pour son roman 325.000 Francs.

Il est l’auteur de neuf romans dont quatre furent qualifiés d’« engagés », voire de « communistes » : Bon Pied Bon Œil (1950), Un jeune homme seul (1951), Beau Masque (1954) et 325.000 Francs (1955). Il écrit aussi cinq essais sur le libertinage : Esquisse pour le portrait du vrai libertin (en 1946) ; Laclos par lui-même (1953) ; Éloge du cardinal de Bernis, (1956) ; Monsieur Jean (1957), Préface des Mémoires de Casanova (1957).

Il travaille aussi pour le cinéma : les dialogues des Frères Bouquinquant (Louis Daquin) et le scénario de Et mourir de plaisir (Roger Vadim). Il écrit des pièces de théâtre, notamment Héloïse et Abélard (prix Ibsen 1950) et Le colonel Foster plaidera coupable (1952).

En 1956, année du rapport Khrouchtchev, la vie de Vailland bascule. En avril 1956, le philosophe Henri Lefebvre, qui avait obtenu copie du rapport original en Allemagne de l’Est, montre le document à son ami Roger, chez lui, en Bresse. Alors qu’il écrit habituellement à son bureau sous le portrait du « Petit Père des peuples », Vailland se sent « comme mort », déclare t-il. Sitôt après, Vailland se rend à Moscou et prend conscience de la réalité des crimes de Staline. À son retour de Russie, il avoue à son ami Claude Roy qu’il avait « vomi une bile noire toute la nuit ».

Quelques mois plus tard, le 4 novembre, l’Armée rouge, appuyée par plusieurs milliers de chars, envahit la Hongrie. Avec son ami Jacques-Francis Rolland, Claude Morgan, Jacques Prévert et Jean-Paul Sartre, Roger Vailland signe un texte condamnant l’invasion soviétique. Ce qui lui vaut une rupture avec la direction de son parti.

Il quitte avec discrétion le PCF ; il reste membre du parti pendant encore deux années, jusqu’à la fin de 1958, et renonce à prendre sa carte en janvier 1959.

Après ce départ, il continue à écrire : plusieurs scénarios, deux romans, une pièce de théâtre, deux essais et un récit de voyage.

Son engagement contre la guerre d’Algérie est l’objet d’avis divergent. Pour Gilles Perrault, Vailland ne fit pas partie des réseaux Jeanson. Pour les journalistes Hervé Hamon et Patrick Rotman, Vailland faisait bien partie du réseau des porteurs de valises. Dans leur livre Les porteurs de valises, ils écrivent ; en 1958, Robert Davezies est identifié par la DST comme l’un des passeurs qui opèrent sur la frontière d’Espagne. « Les journaux reproduisent son signalement, proclament son arrestation imminente. Jeanson lui propose de se mettre au vert dans le Jura, chez Roger Vailland. » L’écrivain le prend en charge car dit-il «il accueille volontiers les amateurs d’air pur. »

Son roman La Loi sorti en 1957, est un succès (576.000 exemplaires, en France) ; le Goncourt lui assure la renommée et l’aisance matérielle. La Loi est fortement critiqué par Régis Bergeron  dans l’Humanité qui voient les personnages de Vailland « comme des marionnettes ».

S’il s’est retiré de la vie politique, Roger Vailland n’en est pas moins resté engagé jusqu’à la fin de sa vie.

Quelques mois avant sa mort, il fait un éloge de la politique dans le Nouvel Observateur du 26 novembre 1964 : « Je ne veux pas croire qu’il ne se passera plus jamais rien. Que les citoyens n’exerceront plus leur pouvoir qu’en mettant un bulletin dans l’urne pour désigner comme souverain (à leur place) un monsieur qui a une bonne tête à la télévision. Que le seul problème sur lequel le citoyen aura à se prononcer (par référendum) sera l’itinéraire de l’autoroute ou la puissance d’une centrale thermique... Comme citoyen, je veux qu’on me parle politique. »

Roger Vailland meurt à cinquante-sept ans, le 12 mai 1965, d’un cancer du poumon.

Sources

Roger Vaillant - Wikipedia

Roger Vaillant – Dictionnaires biographique du mouvement ouvrier - Alain (Georges) Leduc

Publications

   Romans

Drôle de jeu, Prix Interallié, Éditions Corrêa, Paris, 1945.

Les Mauvais coups, Éditions Sagittaire, 1948.

Bon pied, bon œil, Éditions Corrêa, Paris, 1950.

Un Jeune homme seul, Éditions Corrêa, Paris, 1951.

Beau masque, Éditions Gallimard, Paris, 1954.

325 000 francs, Éditions Corrêa, Paris, 1955.

La Loi, prix Goncourt 1957, Éditions Gallimard, Paris.

La Fête, Éditions Gallimard, Paris, 1960.

La Truite, Éditions Gallimard, Paris, 1964.

   Essais

Esquisse pour le portrait du vrai libertin (en 1946) 

Laclos par lui-même, (1953) 

Éloge du cardinal de Bernis, (1956)

Monsieur Jean, (1957)

   Pièces de théâtre

Le colonel Foster plaidera coupable. 1952.

Héloïse et Abélard. 1957.