Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Marguerite Duras (née Donnadieu, à Gia Dinh (Indochine) le 4 avril 1914, morte le 3 mars 1996 à Paris) suit des études au lycée de Saïgon. Son père, mort alors qu’elle a quatre ans, était professeur de mathématiques et sa mère institutrice. Celle-ci, après un retour de deux ans dans le Lot-et-Garonne, achète en 1924, une concession difficilement cultivable et connaît une situation financière difficile durant les années d’éducation de ses trois enfants (Pierre, Paul, Marguerite).

Ecrivain

Exclue en 1950

Duras, titulaire de baccalauréat de philosophie, arrive à Paris en 1932 pour faire des études de droit, de mathématiques et de sciences politiques. Elle obtient une licence en droit. En 1933, elle rencontre Robert Antelme qu'elle épousere en 1939. De cette union naîtra en 1942 un premier enfant mort-né.

Secrétaire au ministère des Colonies, elle épouse Robert Antelme en septembre 1939. Elle commence alors son œuvre littéraire avec le roman Les Impudents (1943).

Duras travaille au Cercle de la librairie, une commission de contrôle du papier pour l’édition, en fait un organisme officiel chargé de la censure. Dans le même temps (1943), elle participe avec Robert Antelme et Dyonis Mascolo à un mouvement de résistance dirigé par François Mitterrand, le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD). Son livre La Douleur témoigne de la complexité de cette période.

Dans son troisième roman Un barrage contre le Pacifique (1950), elle évoque son pays natal, le Vietnam. Le livre rencontre un grand succès. Sélectionné pour le Goncourt, il n’est pas retenu au final.

Elle adhère au PCF, fin 1944, et y fait entrer, quelques mois plus tard, Robert Antelme (arrêté, déporté à Dachau où Mitterrand le retrouve mourant, en mai 1945) et Dyonis Mascolo (qui est devenu son compagnon, après l’arrestation de Antelme). Elle divorce d’avec Antelme, en avril 1947 et se marie avec Mascollo avec qui elle a un enfant, Jean.

Cinq années durant, elle est, dira t-elle, une militante communiste exemplaire. Elle est pendant un an secrétaire de cellule ; elle est même proposée pour être déléguée à conférence fédérale de la Seine mais elle refuse et choisit de rester à la base, récusant toute idée de promotion. Dans une lettre adressée un peu plus tard à la direction du PCF, elle écrit: «Le parti a dit qu’il fallait faire du porte-à-porte. J’ai fait du porte-à-porte. Le parti a dit qu’il fallait faire des collectes. J’ai fait des collectes aux terrasses des cafés et ailleurs. Le parti a demandé, comme il était indispensable qu’on accueille des enfants de grévistes. J’ai recueilli pendant deux mois la fille d’un mineur. J’ai fait signer les ménagères sur les marchés, j’ai collé l’Huma, j’ai collé des affiches, j’ai contribué à faire inscrire Antelme, Mascolo, d’autres encore, etc. Tout ce que j’ai pu faire, je l’ai fait.».

Autour de Duras, Antelme et Mascolo, l’appartement de la rue Saint-Benoît est une sorte de camp de base où se retrouve une pléiade d’intellectuels critiques et inventifs : Francis Ponge, Clara Malraux, Edgar Morin, Jorge Semprun, Maurice Merleau-Ponty, Claude Roy, Raymond Queneau, Michel Leiris, George Bataille, Jean-Michel Atlan, Jean Duvignaud, Dominique Desanti et Jean-Toussaint Desanti, parfois Romain Gary ou Lacan...

Les désaccords de la rue Saint-Benoît avec l’orientation officielle du PCF apparaissent dès 1948. Ils sont essentiellement d’ordre esthétique et portent sur l’approche culturelle du parti. Marguerite Duras et ses amis de Saint-Benoît mettent en avant le rôle de l’intelligentsia comme «avant-garde idéologique» et l’autonomie de la création. Ils expriment ces thèses lors des fameux débats du «cercle des critiques» du printemps 1948, croient même que leurs positions vont l’emporter dans le PCF. Mais ils sont finalement désavoués. Pour Mascolo, de ce moment date «notre démission intérieure. Il nous faudra un peu plus d’un an pour l’accomplir dans les formes. Mais nous la pratiquons déjà dans la vie quotidienne. C’en est fini de supporter parmi nous la présence d’amis-ennemis. Nous les tenons désormais à l’écart ou, pour employer ce mot, les excluons de nous les premiers ».

Un an plus tard, en mai 1949, Marguerite Duras et ses amis, attablés au café Bonaparte après une réunion de cellule, plaisantent notamment sur Laurent Casanova. Leurs propos, rapportés à la direction (par Jorge Semprun), servent de motif à un long procès qui se conclura par l’exclusion de la plupart d’entre eux, début 1950. En fait, suite au mauvais climat dans la cellule et à des divergences d’ordre artistique, Marguerite Duras, moins directement impliquée dans ces débats qu’Antelme ou Mascolo, n’a pas repris sa carte début 1950. Elle se voit néanmoins exclue comme ses compagnons. Lesquels feront appel de leur mise à l’écart. Duras adresse une lettre à la direction pour prendre leur défense. Elle y précise qu’elle ne demande rien pour elle («Je n’ai pas l’intention de demander ma réintégration au Parti.»), se considérant définitivement hors jeu. Elle y redit ses désaccords esthétiques : «Ce que je ne peux pas faire, c’est de modifier mes goûts, par exemple littéraires, qui sont ce qu’ils sont mais auxquels il m’est physiquement impossible de renoncer.» Elle termine sa lettre sur un ton grave : «Je reste profondément communiste, je ne vois pas comment je pourrais être autrement désormais. Ai-je besoin de dire dans ces conditions que non seulement, je ne m’associerai jamais à rien qui puisse nuire au Parti mais que je continuerai à l’aider dans la mesure de mes moyens !»

Au terme d’une longue procédure, le secrétariat fédéral de la Seine, le 17 janvier 1951, décide tout de même «une exclusion d’un an» pour elle et ses camarades de Saint-Benoît. Concernant Marguerite Duras, on peut lire : «N’émet que des divergences d’ordre esthétique avec le Parti. À la réputation d’être nymphomane, ce qui n’est pas prouvé. Certainement des mœurs légères. A appartenu à la censure sous l’occupation allemande. Manifeste un mépris assez souverain à l’égard des membres de sa section qu’elle souhaitait ne plus rencontrer, ce qui est à l’origine de sa démission du Parti. Fait appel de son exclusion. Tout cela est irréfléchi et cavalier à l’égard du Parti. Je propose un blâme et suspension d’un an à partir de la décision définitive.»

Sollicités, au terme de cette année d’exclusion, pour réintégrer le PCF, les exclus refusent de revenir au parti.

Pour Duras, le mot communisme signifie « utopie messianique, idéal de partage des richesses ; abolition des classes sociales. Communisme : la famille, une manière alors de vivre, d’aimer, de lire, de discuter. Élan, ténacité, espoir »

Marguerite Duras manifeste, sa vie durant, son attachement à l’idée communiste.

Le 6 septembre 1960, elle signe le Manifeste des 121, titré «Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie», publié dans le magazine Vérité-Liberté.

En 1993, elle déclare à Benoît Jacquot dans une conversation inédite, prélude à Écrire : «L’espoir communiste ne m’a jamais quittée. Je suis comme une malade de l’espoir, de l’espoir que je mets dans le prolétariat.» La même année, invitée par France 3 au journal de Christine Ockrent, à la question posée par Guy Lagache : «Pour qui allez vous voter ?», elle réplique : «Je vais voter communiste. Cherchez pas à comprendre.» (17 mars 1993). L’année suivante, encore, le 8 avril 1994, elle répète : «Je voudrais me réinscrire au Parti communiste. Je le ferai.»

Son « désengagement » ne l’empêche pas de se solidariser avec le mouvement de mai 68, de suivre les féministes au moment du manifeste de 1971 pour l’abolition de la loi contre l’avortement, et d’apporter un soutien actif à son ancien compagnon de résistance, François Mitterrand, en 1981 et dans les années suivantes.

Marguerite Duras publie de nombreux romans et en 1984, reçoit le prix Goncourt pour L’Amant.

Elle est l’auteur de scénarios (Hiroshima mon amour ; Une aussi longue absence), tourne plusieurs films (India Son ; Le Camion), écrit des pièces de théâtre.

Sources

Marguerite Duras – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Gérard Streiff

Marguerite Duras - Wikipédia

Publications

Romans

Les Impudents, éd. Plon, 1943.

Un barrage contre le Pacifique, éd. Gallimard, 1950.

Le Marin de Gibraltar, éd. Gallimard, 1952.

Moderato cantabile, Les Éditions de Minuit, 1958. Prix de Mai en 1958.

L'Après-midi de Monsieur Andesmas, éd. Gallimard, 196252.

Le Ravissement de Lol V. Stein, éd. Gallimard, 1964.

Le Vice-Consul, éd. Gallimard, 1966.

L'Amour, éd. Gallimard, 1972.

L'Amant, Les Éditions de Minuit, 1984. La Douleur, éd. P.O.L, 1985.

La Pluie d'été, éd. POL, 199053.

L'Amant de la Chine du Nord, éd. Gallimard, 1991.

Yann Andréa Steiner, éd. POL, 1992.

Écrire, éd. Gallimard, 1993.

Théâtre

India Song, 1973.

Savannah Bay, 1982.

Le Théâtre de l’amante anglaise, 1991.

Films

India Song. 1975

Des journées entières dans les arbres. 1976

Le Camion. 1977

Agatha et les lectures illimitées, 1981.

Honneurs

Prix de Mai 1958 pour Moderato cantabile.

Prix de la Tribune de Paris 1962 pour L'Après-midi de Monsieur Andesmas18.

Prix de l'Association française des cinémas d'art et d'essai 1975 pour India Song.

Prix Jean-Cocteau 1976 pour le film Des journées entières dans les arbres.

Grand prix du théâtre de l'Académie française 1983.

Prix Goncourt pour L’Amante, 1984,

Prix Ritz-Paris-Hemingway pour L’Amante, 1986.

Le prix Marguerite-Duras est créé en 2001 par le conseil général de Lot-et-Garonne. Il est aujourd’hui financé par la mairie de Trouville-sur-Mer et la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.

Biographie

Marguerite Duras, Laure Adler, éditions Gallimard, 1998. - Prix Femina de l'essai.

Marguerite Duras à 20 ans : l'amante, Marie-Christine Jeanniot, Au Diable Vauvert, 2010.

Duras ou le poids d'une plume, biographie romancée, Frédérique Lebelley, Grasset, 1994.