Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Né dans une famille catholique pratiquante, d’un père plombier, d’une mère giletière, Pioch (né le 9 octobre 1873 à Paris, décédé à Nice (Alpes-Maritimes) le 27 mars 1953) fait ses études au collège Chaptal, à Paris.

Journaliste

Exclu en 1923

Il passe son baccalauréat puis suit des cours à la Sorbonne et au Collège de France. Il exerce successivement divers métiers : employé de banque, correcteur d’imprimerie, correcteur-lecteur chez l’éditeur Ollendorff.

Bien vite, il se passionne pour la poésie et, dès 1896, publie plusieurs recueils de poèmes au Mercure de France. Il participe à la revue Vers et Prose de Paul Faure.

A cette époque, Pioch côtoie les milieux anarchistes. En 1900, il devint critique théâtral et littéraire au Libertaire. La même année, au second congrès des organisations socialistes à Paris, salle Wagram, il représente la chambre syndicale des ouvriers ébénistes de Sète (Hérault). Devenu farouche anticlérical et antimilitariste, Pioch adhère à l’Association internationale antimilitariste (AIA) dès sa fondation en 1904. Il est membre de son premier Comité national et collabore à son journal, l’Action antimilitariste. Il rédige ainsi le manifeste destiné aux conscrits : « Paroles à ceux qui vont souffrir » publié dans l’Action antimilitariste de novembre 1904.

Son activité de militant libertaire ne l’empêche pas de continuer son œuvre littéraire. En 1904, il publie son premier roman : L’impuissance d’Hercule. De plus, il collabore à plusieurs journaux littéraires, notamment au Gil Blas, dont il devient rédacteur en chef en 1910. Pioch est également critique musical. Il écrit dans Musica dont il est quelque temps le rédacteur en chef. Il publie un Beethoven dans la série des « Portraits d’hier ». En août 1914, il devint rédacteur en chef des Hommes du jour.

Il est mobilisé mais assez vite, il est réformé pour raisons de santé. Et Pioch, l’antimilitariste impénitent, devient un patriote virulent. Il vante les mérites des canons français, défend l’Union sacrée et l’idée d’une guerre de défense des démocraties contre le militarisme allemand.

Par la suite, il revient vers l’antimilitarisme. Il participe à la rédaction des journaux à tendance pacifiste, notamment la Vague de Pierre Brizon.

En 1915, Pioch rejoint la SFIO. Il milite pour la IIIe Internationale. Avec Henri Fabre et  Marcelle Capy, il fonde, début 1917, le Journal du peuple, journal de pointe dans la propagande pacifiste.

Il est séduit par la Révolution russe. Aussi dès février 1919, il collabore à l’Internationale de Raymond Péricat qui appelle à la constitution d’un parti communiste. En août 1919, il se rapproche du Comité pour la IIIe Internationale (mais sans y adhérer, semble t-il) et en novembre 1919 milite au comité de la Société des amis des peuples de Russie. Il signe l’« Appel aux socialistes » paru dans le Bulletin communiste du 1er mars 1920.

Pioch est un propagandiste au verbe intarissable. Ainsi, quand Léo Poldès crée en 1918 « Le Club du Faubourg », il en est le principal orateur. Il est vrai que son aspect physique lui procurait une certaine popularité : obèse aux longs cheveux bouclés, à la fine moustache, portant régulièrement le feutre de l’artiste et la lavallière. Il reste pendant des années une attraction du Faubourg. Ainsi en 1921, est-il élu meilleur orateur pour « l’éloquence sociale » et second « Prince du verbe » derrière Henry-Marx.

Il est élu secrétaire fédéral en 1920 de la Fédération de la Seine de la SFIO. Pendant l’été 1920, il assure le secrétariat du Comité d’action pour la libération des emprisonnés du « complot », comité dont Anatole France était président.

Dès sa création, il est membre du Parti communiste (SFIC). De plus, il fait partie de la nouvelle équipe de l’Humanité. Dès lors, il se dépense en conférences pour la SFIC, participe aux réunions de l’ARAC et du groupe « Clarté ». Au premier congrès de la SFIC à Marseille en décembre 1921, il est élu membre suppléant au Comité directeur et nommé à la sous-commission d’administration et de propagande. Mettant à profit ses compétences, le parti le charge de donner des cours d’art oratoire et de propagande aux militants. Cependant bien vite Pioch fait partie de ceux qui s’opposèrent à l’Internationale. Il continue en effet à mener une propagande pacifiste et antimilitariste qui ne correspond pas aux idées bolcheviques. Par ailleurs, il refuse la discipline que tente d’imposer l’Internationale Communiste au sein du PC. Au congrès national de Marseille, avec Victor Méric, il s’oppose à Vaillant-Couturier sur le pacifisme. Dans un discours de mars 1922 au Comité exécutif de l’Internationale Communiste, Trotski s’en prend vigoureusement au pacifisme de Pioch. L’hostilité ne cesse de croître entre les partisans de l’Internationale et ceux qui sont réticents à son interventionnisme dans la vie du parti : Victor Méric, Fabre, Pioch...

En août 1922, Pioch perd son poste de secrétaire fédéral de la Seine. Au IVe congrès de l’IC (novembre 1922) le conflit s’aiguise. Trotsky, en exigeant la renonciation à l’appartenance à la Franc-maçonnerie ou à la Ligue des droits de l’Homme (dont Pioch était membre depuis 1921), pousse les opposants vers la sortie. Dès décembre 1922, Pioch, avec d’autres, est exclu de l’Humanité. Il est vrai que Pioch voit dans le communisme «la forme organisée de l’amour» et garde une allure bohème peu compatible avec le style bolchevik. Il devient un des meneurs du comité de résistance aux décisions de l’Internationale avec Victor Méric, Bernard Lecache, Henri Torrès... Tous furent exclus en janvier 1923.

Dès la fin janvier, les membres du comité de résistance forment le Parti communiste unitaire (PCU). Pioch, membre de son Comité directeur, est désigné comme secrétaire général. Il est également rédacteur du journal du parti l’Égalité et délégué à la commission qui devait préparer la fusion du PCU avec l’Union fédérative socialiste de Verfeuil (constituée par d’autres dissidents du PCF). Au congrès de fusion (avril 1923), Pioch est nommé secrétaire général du nouveau parti : l’Union socialiste-communiste (USC) qui cherche à rassembler tous les partis politiques ouvriers. Mais dès la fin 1924, l’USC perdant de l’influence, Pioch se consacre au journalisme et à la propagande pacifiste. Il collabore au Paris-Soir d’Eugène Merle (1923-1925) puis au Soir dirigé par Frossard.

Pioch agit également en faveur des condamnés politiques. Avec le Comité de défense sociale, il participe à de nombreux meetings en faveur des anarchistes espagnols Durruti, Ascaso et Jover. Il se montre également un ardent défenseur de Sacco et Vanzetti et appartient au Comité de défense des victimes du fascisme, présidé par Henri Barbusse.

Pioch ne cesse de mener le combat pour la paix. Il collabore au Réfractaire (1927-1932), bulletin de la Ligue des réfractaires à la guerre, signe « L’Appel aux consciences » (1926) et « L’Appel au bon sens » (1928), qui demandent la révision des traités de 1919-1920.

En 1930, Pioch devient membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme. Il démissionne de son mandat en 1937, reprochant à la Ligue de ne pas condamner assez fermement les procès de Moscou et surtout d’être insuffisamment pacifiste. Il en reste cependant membre. En 1931, il devient président de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP) fondée par Victor Méric. Il convainc Romain Rolland d’accepter la présidence d’honneur. En octobre 1931, il entama une tournée de deux mois pour la Ligue (LICP) avec Marcelle Capy : « La Croisade pour la paix ».

Mais bien vite des dissensions apparurent. À son congrès d’Angers (1932), Pioch qui a donné son adhésion à titre personnel au congrès d’Amsterdam organisé par Barbusse et Rolland, n’obtint pas le ralliement de la LICP. Il considère cet échec comme une « humiliation ». Cependant, tout en adhérant au Comité national de lutte contre la guerre issu d’Amsterdam, il reste président de la LICP, fonction qu’il avoua « traîner comme un boulet et est réélu au Comité directeur en 1933. L’année suivante, il quitte son poste tout en restant membre du Comité directeur. Jusqu’en 1939, il demeure un ardent conférencier de la LICP et collabore à son organe fondé en 1934, le Barrage. Mais son activité ne se limite pas à la Ligue. Dans la seconde moitié des années trente, Pioch devient membre du Comité directeur de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA) de Bernard Lecache et, en novembre 1935, il participe à la constitution des Amis des travailleurs étrangers (Comité français pour le statut et la défense des travailleurs étrangers) dont la secrétaire est Magdeleine Paz. En 1936, il entre au comité d’honneur du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) et participe avec Breton, Poulaille, Challaye au Comité pour l’enquête sur les procès de Moscou et pour la défense de la liberté politique. Mais Pioch milite surtout pour le pacifisme intégral : révision des traités, désarmement unilatéral, politique de conciliation avec les dictatures. La même année Marceau Pivert le fait entrer à Radio-Coloniale où, à partir de 1938, il réalise des émissions pacifistes à des heures de grande écoute. En 1938, il participe au Centre syndical d’action contre la guerre, puis en 1939 au Centre de liaison contre la guerre dont il signa en avril l’appel « Contre la guerre ». En septembre, il apposa sa signature aux côtés d’Alain, Déat, Challaye, Jeanson, Margueritte, Pivert, Poulaille..., au bas du tract « Paix immédiate » rédigé par Louis Lecoin. Mais devant les poursuites judiciaires qui sont engagées, Pioch se rétracte.

Sous l’Occupation, Pioch passe à la presse de collaboration. Il tient notamment la chronique littéraire et musicale de l’Oeuvre  de Déat, jusqu’en 1942 : il doit se retirer devant les attaques d’autres journaux collaborationnistes. Marcel Déat l’évoque dans ses Mémoires : « Nous retrouvions Georges Pioch, mieux disant que jamais, sonore et encore bedonnant [...] et qui allait continuer son culte de la musique. Je ne sais combien de fois avant sa retraite, il fallut le défendre auprès des Allemands, sans cesse alertés par les propos énormes que le bon Pioch tonitruait à travers Paris. Il ne se passait pas de semaine, à partir de 1941, où il ne fut dénoncé comme juif ou franc-maçon. » Après son retrait forcé de la vie journalistique, Pioch ne semblait plus croire en rien. « Moi, écrit-il à Jeanne Humbert, j’avoue mon renoncement, c’est fini, que les hommes accomplissent sans moi leur destinée » (28 septembre 1943).

Il se retire à Nice et donne des articles à Nice-Matin.

Georges Pioch meurt en 1953. Il a été marié trois fois.

Sources

Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Nicolas Offenstadt

Publications

L’impuissance d’Hercule.

Beethoven, Georges Pioch, Paris : H. Fabre, 1909.

Les Responsables, Poésies. Georges Pioch , dessins de A. Domin. ‎1915

La Paix inconnue et dolente, Poésies. Georges Pioch, Paris : Épi, 1929.

15 000 ! La foire électorale, Ollendorff.

Les victimes, Librairie Ollendorff.

 

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