Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Albert Camus (né à Mondovi près d’Anaba (Algérie) le 7 novembre 1913, mort à Villeblevin, (Yonne) le 4 janvier 1960), fils d’un caviste mort à la bataille de la Marne en 1914, fait ses études à Alger. À l'école communale, il est remarqué, en 1923, par son instituteur, Louis Germain, qui lui donne des leçons gratuites et l'inscrit en 1924 sur la liste des candidats aux bourses, malgré la défiance de sa grand-mère qui souhaite qu'il gagne sa vie au plus tôt.

Ecrivain, Philosophe

Exclu en 1937

De son père, Camus ne connaît que quelques photographies et une anecdote significative : son dégoût devant le spectacle d'une exécution capitale. Sa mère, en partie sourde, ne sait ni lire ni écrire : elle ne comprend un interlocuteur qu'en lisant sur ses lèvres

Il s’adonne au football, comme gardien de but mais en décembre 1930, une tuberculose est diagnostiquée et il doit faire un bref séjour à l'hôpital Mustapha.

Camus est influencé par son oncle qui l’héberge après sa tuberculose. Gustave Acault est boucher de métier, anarchiste, franc-maçon. C'est un homme cultivé et il aide son neveu à subvenir à ses besoins, lui ouvre sa bibliothèque riche et éclectique.

En 1934, Camus adhère au Comité Amsterdam-Pleyel où il rencontre le communiste Émile Padula qui en est secrétaire adjoint pour Alger. Padula fait participer Camus aux réunions publiques.

Habitant le quartier populaire de Belcourt à Alger, où Européens de la classe ouvrière côtoient la population arabe, Camus, influencé par son professeur de philosophie, Jean Grenier, adhère en 1935 (probablement à l’été 1935) au Parti communiste (à la branche algérienne du PCF). Il entre dans la cellule dont Padula est secrétaire, dite la cellule des intellectuels. Au sein du parti, s'il se fait recruteur (d'amis et de militants arabes), son engagement est surtout culturel.

C’est avec des intellectuels souvent proches du Parti communiste que Camus lance le Théâtre du travail et il devient metteur en scène et acteur. Il participe aussi au Collège du travail qui donne des cours du soir aux adultes envoyés par les syndicats. Avec Ciné-travail qu’anime Max-Pol Fouchet, ces groupes constituent la Maison de la culture d’Alger, dont il est secrétaire général.

Dans une lettre, adressée à Grenier en août 1935, Camus écrit: "Vous avez raison quand vous me conseillez de m'inscrire au Parti communiste…. Dans l'expérience (loyale) que je tenterai, je me refuserai toujours à mettre entre la vie et l'homme, un volume du Capital".

L'expérience communiste, pour laquelle il s'est promis de "garder les yeux ouverts", ne dépasse pas deux ans. Interrogé dans les années 1950 pour savoir s'il avait lu Marx, Engels ou d'autres auteurs marxistes avant son adhésion, Camus répond sèchement "non". Son activité au sein du parti communiste consiste à allier son goût pour l'art et la culture à des actions d'assistance et de solidarité pour les plus démunis.

Camus, pacifiste voire antimilitariste, n’approuve pas la position du Parti communiste qui appelle à la défense nationale et à la célébration de l’armée. Mais les raisons profondes de son exclusion en 1937, sont liées à la position du PCF relative aux nationalistes algériens. Pour le PCF, les mouvements indépendantistes, dans la mesure où ils s’en prennent à la métropole, affaiblissent la France et sont à ce titre dénoncés comme faisant le jeu du fascisme. Ainsi le PCF lutte pour « l’assimilation de l’Algérie à la République » et vote la loi du Front populaire, donnant la nationalité française à une minorité d’algériens. Le PCF approuve aussi la dissolution de l’Étoile nord-africaine de Messali Hadj, par le Front populaire, en janvier 1937 (1). Le Parti communiste d’Algérie n'hésite pas à dénoncer des militants nationalistes. Camus ne le supporte pas et le dit clairement. A l'automne (octobre-novembre) 1937, il est exclu du Parti communiste (officiellement pour trotskysme) pour ne pas s'être résigné à la répression frappant les premiers nationalistes algériens issus de l'Étoile nord-africaine (des militants arabes parfois recrutés par Camus, devenus ses camarades, sont emprisonnés).

En 1937, il entre au journal Alger Républicain, organe du Front populaire, où il devient rédacteur en chef. Son enquête sur la Misère de la Kabylie (juin 1939) aura un écho retentissant.

"On ne saurait parler de culture dans un pays où neuf cent mille habitants sont privés d'écoles, et de civilisation, quand il s'agit d'un peuple diminué par une misère sans précédent et brimé par des lois d'exception et des codes inhumains", écrit-il en 1937, peu avant son exclusion

Il dénonce dans le reportage sur la misère en Kabylie paru dans Alger républicain «la logique abjecte qui veut qu'un homme soit sans forces parce qu'il n'a pas de quoi manger et qu'on le paye moins parce qu'il est sans forces.» Sa défense des républicains espagnols, se retrouve dans de nombreux articles d’Alger républicain et des journaux comme Combat et Preuves ou Témoins, où il affirme sa solidarité envers le combat pour une Espagne libérée du joug franquiste : «Amis espagnols, nous sommes en partie du même sang et j'ai envers votre patrie, sa littérature et son peuple, sa tradition, une dette qui ne s'éteindra pas.»

Il entre dans la Résistance, et en 1943, devient le directeur de Combat, l’organe du mouvement Combat.

Il est amené à s'opposer au marxisme et sa critique du totalitarisme soviétique lui vaut les anathèmes des communistes. En octobre 1951, la publication de L'Homme révolté montre son opposition frontale au régime soviétique. Sa position provoque de violentes polémiques et Camus est même attaqué par ses amis. La rupture avec Jean-Paul Sartre a lieu en 1952, après la publication dans Les Temps modernes de l'article de Francis Jeanson qui reproche à la révolte de Camus, d'être « délibérément statique ».

Son œuvre comprend des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des films, des poèmes et des essais dans lesquels il développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l'absurde de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l'absurde, révolte qui conduit à l'action et donne un sens au monde et à l'existence, et « alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir ».

Il reçoit le prix Nobel de littérature, en 1957.

Il meurt accidentellement le 4 janvier 1960, dans la voiture conduite par Michel Gallimard, sur la Nationale 6, près de Villeblevin. Michel Galimard grièvement blessé, meurt aussi quelques jours après l’accident ; la femme et la fille de l’éditeur s’en sortent indemnes.

En 1934, il épouse en premier mariage Simone Hié (starlette algéroise (toxicomane) enlevée à son ami Max-Pol Fouchet) puis, en 1940, en secondes noces, Francine Faure (1914-1979), mère de ses jumeaux.

 

Sources

Albert Camus - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - René Gallissot  

Albert Camus - Wikipédia

Camus, militant communiste - Alger 1935-1937, Christian Phéline et Agnès Spiquel-Courdille, Hors série Connaissance, Gallimard, 2017.

Publications

L'Envers et l'Endroit, 1937, essai

Noces, 1939, essai

Le Mythe de Sisyphe, 1942, essai

L'Étranger, 1942, roman

La Peste, 1947, roman (Prix des Critiques en 1948)

L'Homme révolté, 1951, essai

La Chute, 1956, roman

L'Exil et le Royaume, 1957, nouvelles

Réflexions sur la peine capitale, 1957, essai (en collaboration avec Arthur Koestler et Jean Bloch-Michel),

Caligula, 1938, théâtre,

Le Malentendu, 1944, théâtre,

L'État de siège, 1948, théâtre,

Les Justes, 1949, théâtre.

Honneurs

Prix Nobel de littérature en 1957

Prix des Critiques en 1948 (pour La Peste)

En France, 176 écoles, collèges et lycées portent son nom

Notes

(1) L'Etoile nord-africaine (ENA), s'oppose au projet Blum-Viollette qui prévoit l'attribution de la citoyenneté française à une minorité d'Algériens, dans une vision d’assimilation à la France. Le Front populaire dissout l’ENA, en janvier 1937 et poursuit ses dirigeants pour reconstitution de ligue dissoute (l’ENA créée en 1926 a déjà été interdite en 1929). Ses dirigeants sont condamnés puis amnistiés.