Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Jean Elleinstein (né à Paris le 6 août 1927, mort à Pernay (Indre-et-Loire) le 16 janvier 2002), est lycéen (lycées Rollin et Carnot) quand il doit quitter Paris et vivre dans la clandestinité, de 1942 à la Libération.

Universitaire, historien

Exclu en 1980

Il se procure de faux papiers, passe la ligne de démarcation clandestinement, et rejoint les milices patriotiques, à Mégève. Il finit la guerre en Haute-Savoie.

Son père est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale et titulaire de la Légion d’honneur,

Revenu à Paris, étudiant en histoire, Elleinstein adhère au Parti communiste en septembre 1944. En novembre 1946, il entre au Bureau de la Seine des Jeunesses communistes.

En 1946, il devient journaliste à l’Union française d’Information (UFI), l’agence de presse du PCF, puis journaliste à Avant-Garde (1949-1954). Il est ensuite affecté à la Fédération mondiale de la jeune démocratique (FMJD), comme permanent.

Il fait séjour en prison (en compagnie de Jean Gajer), en 1949, suite la grande manifestation contre le départ de soldats en Indochine. Il passe seize mois dans la clandestinité en 1952-1953.

Responsable des questions étudiantes au Bureau national des Jeunesses communistes, Ellenstein reprend ses études. Il est reçu au concours des professeurs des centres d’apprentissage en 1954, obtient le CAPES d’histoire en 1958 puis l’agrégation en 1960. Il reste au Bureau des JC, chargé de mission à l’étranger, notamment en Tchécoslovaquie auprès de l’Union internationale des étudiants (UIE).

Il est chargé de suivre, pour le compte du PCF, la création de l’Union des Etudiants Communistes (UEC).

Ellenstein est d’abord professeur d’enseignement technique (Lagny ; Nogent sur Marne), puis assistant en histoire à la Sorbonne (1963-1969) et responsable de l’Union fédérale universitaire (UFU). Il devient maître de conférence à l’Université de Poitiers (1969-1987), tout en restant membre de la direction de la fédération de Paris. Le PCF le présente aux élections municipales de 1971, dans les 5e et 6e arrondissement de Paris, sans succès.

Avec l’appui de Roland Leroy, en 1970, il est nommé directeur adjoint du CERM (Centre d’études et de recherches marxistes), et se fait le porte-parole des aspirations nouvelles de la direction dans les débats avec les philosophes. Il occupe le terrain laissé libre après l’exclusion de Roger Garaudy.

Elleinstein se lance dans la rédaction des quatre volumes d’une Histoire de l’URSS (avec l’appui de la direction du PCF) qui lui permet, sans toucher dans un premier temps à la politique française, de faire des mises à jour en cohérence avec la politique d'ouverture en cette période d'union de la gauche et d'eurocommunisme. Il publie, en 1975, L’Histoire du phénomène stalinien, en constatant que l’emprise du stalinisme s’étend aux États socialistes et à tous les partis communistes (L’Humanité publie un compte-rendu mitigé de ce livre, sous la signature de François Hincker),

Réticent vis-à-vis du Comité des mathématiciens qui demande la liberté pour le dissident soviétique Pliouchtch, le Bureau politique finit par envoyer une délégation composée de Pierre Juquin et Jean Ellenstein à la réunion du 21 octobre 1976 (qui fut houleuse pour les représentants du PCF).

Sa position aux marges de la politique d’ouverture du PCF, lui donne largement accès aux grands médias, presse, télévision et radio. Il publie des articles dans Le Monde et divers grands hebdomadaires. Il est poussé par la Direction du PCF sur cette voie, donnant l’image d’un « intellectuel communiste nouveau » et Georges Marchais affirme : « Donnez moi 100.000 Elleinstein ».

Elleinstein est à nouveau candidat aux élections législatives partielles de 1976 dans le Ve arrondissement (malgré l’opposition des althussériens de la section du Ve arrondissement qui dénoncent son « antiléninisme »).

Après l’échec aux élections législatives de 1978, Elleinstein conteste les orientations de la direction du PCF, notamment en publiant une article critique dans le Monde du 13 avril 1978 : « Du XXIIe congrès du PCF à l’échec de la gauche ».

Il multiplie dès lors les déclarations hostiles aux orientations du PCF.

En mai 1978, il signe l’Appel « d’Aix-en-Provence » lancée par Michel Barak.

En Février 1980, la cellule du XIXe arrondissement de Paris, à laquelle appartient Paul Laurent, adresse une lettre à Elleinstein (et aussi à Yvonne Quilès et Jean Rony) : " Nous nous demandons pourquoi vous continuez à vouloir vous compter parmi les membres du parti révolutionnaire, à moins que vous ne pensiez vous prévaloir du titre de communiste pour mieux nous attaquer. "

Face aux critiques des communistes de plus en plus nombreuses, il déclare dans Le Matin ; «En ce qui me concerne, ma réponse est claire : communiste, je le resterai pour que le parti communiste français en revienne à la stratégie du vingt-deuxième et du vingt-troisième congrès, celle de l'eurocommunisme, de l'union de la gauche, de l'indépendance réelle et totale vis-à-vis des communistes soviétiques».

En janvier 1980, la direction juge qu’il s’est mis « de lui-même hors du parti ». Le Comité fédéral de Paris du 27 octobre 1980 confirme l’exclusion par 77 voix, 12 ne prenant pas part au vote.

Par la suite, Ellenstein crée le Forum international de politique (FIP) et son trimestriel Cosmopolitique, qui offrent une tribune aux oppositions hongroises ou tchèques.

Il postule à l’Académie française, sans succès.

Il est décoré de la Légion d’honneur.

Après sa disparition, sous la plume de Jacques Dimet, l’Humanité écrit : Jean Elleinstein « a largement contribué à l’évolution du Parti communiste français et à la réflexion des communistes sur le phénomène soviétique, même si ses interventions, tant dans le domaine de l’histoire que de la politique, n’ont pas toujours été comprises par les communistes eux-mêmes »

Il se marie le 25 juin 1946 avec Odile Suzanne Arrighi (deux enfants : Michel, Nicole), divorce puis se remarie en décembre 1956 avec Colette Walter (un enfant : Serge). Il divorce en 1976 et vit alors avec Claudine Guillet-Detilleux.

 

Sources

Jean Elleinstein – Dictionnaire biographique du monde ouvrier - Claude Pennetier

Jean Elleinstein – Wikipédia

Jean Elleinstein - Whoswho

Responsabilités au PCF

Directeur adjoint du CERM : 1970 -

Membre du Comité fédéral de Paris :

Publications

La Révolution des Révolutions, Éditions Sociales, 1967,

Histoire de l'URSS, en 4 tomes : La conquête du pouvoir, 1917-1921, Éditions Sociales, 1972, ; Le socialisme dans un seul pays, Éd. Sociales, 1973,; L'URSS en guerre, 1939-1946 Éd. Sociales, 1974 ; L'URSS contemporaine, Éd. Sociales, 1975,

Histoire du phénomène stalinien, Grasset, 1975,

Le PC, Grasset, 1976.

Lettre ouverte aux Français sur la République du Programme commun, Albin Michel, 1977,

Une certaine idée du communisme, Julliard, 1979.

Histoire du communisme (1917-1945), Édition Janninck, 1980,

Ils vous trompent, Camarades, Pierre Belfond, 1981,

Marx, sa vie, son œuvre, Fayard, 1981,

Staline, Paris, Fayard, 1984,

Histoire mondiale des socialismes, Armand Colin, 1984.

La paix froide ; histoire des relations États-Unis/URSS depuis 1950, Londreys, 1988.

D'une Russie à l'autre, vie et mort de l’URSS, Éditions Sociales, 1992.

Honneurs

Chevalier de la Légion d’honneur

Commandeur de l’Ordre national du Mérite et des Arts et des Lettres

Liens

La disparition de Jean Elleinstein – L’humanité du 18 janvier 202