Les ex-PCF

Le plus grand parti de France

Auguste Lecœur (né à Lille (Nord) le 4 septembre 1911, décédé à Chalon-sur-Saône (Saône et Loire) le 26 juillet 1992), est placé à 12 ans en apprentissage chez un boucher et descend à 13 ans, à la mine, à Bruay en Artois (Pas-de-Calais).

Membre du Secrétariat du BP

Exclu en 1954

Son père, mineur à Bruay, est licencié pour fait de grève quelques jours avant sa naissance. Ses parents divorcent et sa mère se remarie en 1919, avec un mineur.

Après un séjour de la famille à Paris, Lecoeur refuse de retourner à la mine, et trouve à 14 ans un emploi de manœuvre en usine.

En août 1927, après une violente manifestation qui se déroule à Paris, sur les grands boulevards pour protester contre l’exécution de Sacco et Vanzetti, il adhère au PCF.

Il milite surtout à la CGTU. Promu secrétaire départemental du syndicat unitaire des Métaux, il représente son organisation au Congrès d’unification de la métallurgie, en décembre 1935.

Il passe son certificat d'étude à l'armée.

En 1937, Auguste Lecœur, est doubleur aux laminoirs et tréfileries de Lens.

Le PCF lui demande de partir en Espagne comme commissaire politique dans les Brigades internationales. Le 19 février au soir, avec soixante militants, il est reçu par Maurice Thorez au siège du Parti. Le groupe prend ensuite la direction de Perpignan, accompagné par Léon Mauvais, membre du Comité Central, dirigeant de la CGT, membre de l'Internationale Syndicale Rouge (ISR). La base des brigades à Albacete est placée sous l'autorité d'André Marty, inspecteur général des Brigades internationales, membre du Bureau politique du Parti et membre du secrétariat exécutif de l'Internationale Communiste (IC). Lecœur fait ses classes dans le contre-espionnage et la police interne. Il demande à être muté sur le front et participe ainsi aux combats à Peña Roya et à Brunete (il est l'un des soixante rescapés des 380 combattants de son bataillon).

En octobre 1937, de retour à Paris, il devient permanent du Parti et organise les comités d'aide à l'Espagne dans le Pas-de-Calais. Il devient, après un séjour de six mois à l’école centrale du PCF, l’un des quatre secrétaires de fédération du Pas-de-Calais.

À la fin de la guerre d’Espagne, Lecoeur est appelé à Moscou où il s’entretient avec Staline qui l’interroge sur les brigades et sur André Nin (co-fondateur du POUM).

Dans le numéro spécial de l’Enchaîné du Pas-de-Calais du 25 août 1939, c’est lui qui rédige, le texte qui justifie la position du PCF après l’annonce de la signature du Pacte germano-soviétique. Mais il ne peut enrayer le large mouvement de défection qui frappe les élus et les militants du parti dans le bassin du Pas-de-Calais.

Le PCF interdit, Lecoeur est arrêté, le 4 septembre 1939, alors qu’il vient de rejoindre le 139e régiment (sur la ligne Maginot) où il est mobilisé. Pendant trois mois, il est détenu dans une prison régimentaire improvisée, située à Xivry-Circourt (Meurthe-et-Moselle). Devant le tribunal militaire de Lille, le 3 janvier 1940, Lecœur se lance dans la défense du pacte Germano-soviétique. Il est condamné à six mois de prison et incarcéré à la prison départementale de Briey (Meurthe-et-Moselle). À l’expiration de sa peine, en mars 1940, il est affecté au 139e RIF, à Morfontaine (Meurthe-et-Moselle).

Après l’attaque allemande, c’est la débâcle et Lecœur est finalement fait prisonnier le 20 juin.

Il s’évade et le 12 juillet rejoint Paris.

De retour dans le Pas-de-Calais le 20 juillet, Lecœur constate que tout le dispositif clandestin mis en place avant-guerre, est démantelé. Il reprend ses fonctions de dirigeant de la fédération du Pas-de-Calais, et devient secrétaire de l'inter-région, qui comprend le Nord et le Pas-de-Calais. Il est un des principaux animateurs de la grande grève des mineurs de mai-juin 41. Cette grève a représenté, dans les premières années de l'occupation, le seul mouvement de rébellion d'une certaine ampleur. À la suite d'un incident banal entre des mineurs et un chef porion, le débrayage de la fosse numéro 7 de Dourges s'étend en quelques jours à tout le bassin minier. Le mouvement culmine le 4 juin : 100 000 mineurs sont alors en grève dans le bassin,

Lecœur conserve pendant toute cette période une certaine indépendance par rapport à la direction parisienne : dans les articles qu'il rédige pour l'Enchaîné du Pas-de-Calais, il associe toujours la lutte contre les Compagnies minières, Vichy et les « collabos » à un refus de l'occupant.

Il est appelé par Duclos, en mai 42, pour prendre en main l'organisation du Parti, en remplacement de Jean Laffitte, arrêté. Il se trouve ainsi coopté comme n° 4 du PCF.

A ce poste, il contrôle les divers mouvements de cadres entre le Parti, les Jeunesses communistes et les FTP. Il supervise également le groupe Valmy, groupe armé chargé de la liquidation des communistes considérés comme traites.

Lors de la libération de Paris, c'est lui qui mène l'assaut contre le siège du PCF occupé par la milice. C’est lui qui, le 23 août 1944, va chercher Jacques Duclos et Benoît Frachon à Brièves, pour les conduire au « 44 », siège du PCF.

Dès 1945, Thorez lui confie la responsabilité de l'appareil clandestin du Parti. Officiellement, il n'est que membre du Comité central, mais il assiste aux réunions hebdomadaires du Bureau Politique.

Il est député du Pas-de-Calais dans l'Assemblée constituante.

Il entre au gouvernement de Félix Gouin (du 26 janvier au 24 juin 1946) et de Georges Bidault (du 24 juin au 16 décembre 1946), comme sous-secrétaire d'État à la production charbonnière. Pendant son passage au gouvernement, il promulgue le statut du mineur et fait voter la loi sur les Charbonnages de France.

Il est aussi élu président du syndicat régional des mineurs. Cette fonction où il défend les conditions de vie des mineurs l'amènent à s'opposer à Maurice Thorez qui s'était engagé dans la bataille de la production. Lors du Comité central élargi du 3 novembre 1945, Lecœur exprime le mécontentement des mineurs face à la faiblesse de l’épuration dans les mines et évoque les interrogations des militants sur la politique du parti, d’août 1939 à juin 1941. Thorez l’apostrophe Lecœur devant le CC, l’obligeant à interrompre son intervention.

En avril 1945, il est élu maire de Lens (Pas de Calais) mais en octobre 1947, il est battu aux élections municipales. Jacques Duclos lui demande de s'installer à plein temps à Paris pour se consacrer à l'organisation du Parti, aux côtés de Léon Mauvais.

Des mouvements sociaux très violents éclatent dans le bassin minier en novembre 1947 - 1948. C'est Lecœur qui en est l'animateur et le stratège. En 1950, il est à l'origine d'une campagne contre Marcel Paul, et sera obligé de faire une autocritique au XIIe Congrès. Au cours de ce Congrès, il entre officiellement comme suppléant au Bureau politique et remplace Léon Mauvais à l’organisation. Ainsi retrouve-il la place de n° 4 qu’il avait occupée pendant la clandestinité, derrière Maurice Thorez, Jacques Duclos et André Marty.

En octobre 1950, Thorez est frappé par une attaque d'hémiplégie et va se faire soigner à Moscou, laissant à Paris deux hommes forts, Duclos et Lecœur. Lecoeur apparaît, en raison de son âge, comme le dauphin. Il effectue de fréquents voyages à Moscou pour rendre visite à celui qui est toujours le premier secrétaire en titre. Son ascension semble irrésistible. Il impose les théories de Lyssenko aux scientifiques du parti, combat le titisme, et justifie les grands procès des démocraties populaires.

Le 28 mai 1952, Jacques Duclos est arrêté par la police au soir des manifestations organisées par le PCF à l’occasion de l’arrivée à Paris du général américain Ridgway, commandant en chef de l’OTAN (complot des pigeons). Pendant un mois, Lecœur est, de facto, le n° 1 du PCF : le secrétaire général, malade, en URSS ; le secrétaire général par intérim en prison ; le n° 3, André Marty, en cours d’exclusion du Parti (Lecoeur prend une part active lors du procès interne qui aboutit à l'exclusion de Marty).

Le 5 mars 1953, lors de la Conférence nationale, en plein milieu des débats, Lecœur est chargé d’annoncer aux militants la mort de Staline. La gorge nouée par l’émotion, il n’y parvient pas, et doit laisser la parole à Étienne Fajon. Le 10 mars, c’est lui qui, avec Fajon, prononce le discours d’hommage à Staline lors de la grande réunion organisée au Vél d’Hiv. Le retour de Thorez, le 10 avril, bouleverse les rapports de force. En apparence, Lecœur conserve la confiance du secrétaire général. Cependant, un premier incident se produit lors du Comité central du 22 octobre 1953. Après avoir enregistré une série de reproches adressés en privé par Duclos sur son travail à l’organisation, Lecœur décide de modérer le contenu, très polémique, de son rapport au Comité central. Mais le Bureau politique l’accuse alors de « fautes opportunistes », l’obligeant à une autocritique. Le lendemain, il propose sa démission, aussitôt refusée par Thorez.

Une Commission d’enquête sur son sort est mise en place, menée par François Billoux, Léon Feix et Marcel Servin.

Plusieurs réunions du Bureau politique sont consacrées, en janvier-février 1954, aux premières « conclusions » de la commission, qui s’est rendue dans le Pas-de-Calais. Lecoeur rencontre Thorez début février et ne comprend que vers le 19 février qu’il est soumis à une procédure disciplinaire. Le 25 février, il est suspendu de ses fonctions de secrétaire du parti et mis en accusation au cours du Comité central des 5 et 6 mars 1954. Jacques Duclos puis  François Billoux reprennent les conclusions de la Commission d’enquête. Toute l’activité de Lecœur est passée au crible avec comme principaux chefs d’accusation : son ouvriérisme, la perversion de l’esprit de parti, son autoritarisme et l’aventurisme de ses méthodes, le sabotage de la ligne Paris-Tourcoing durant les grèves de 1947, son volontarisme insurrectionnel, (qui avaient conduit la fédération du Pas-de-calais à organiser de « petits groupes le plus souvent incontrôlés et incontrôlables qui ont été chargés, par exemple en 1947-1948, de durcir les grèves»), la mise en place de ses hommes aux postes clés, la nature social-démocrate de ses conceptions en matière d’organisation. Auguste Lecœur refuse d’assister à sa mise en accusation.

Lecœur démissionne officiellement de toutes ses fonctions dans le Parti.

Benoît Frachon supprime son poste de président du Syndicat régional des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, afin de lui interdire toutes responsabilités.

Quelles sont les vraies causes de l'éviction de Lecœur ? Une rivalité avec Duclos ? Un ressaisissement de Thorez qui aurait déclaré « Il voulait m'enterrer avant que je meure » ? L'hostilité de Jeannette Vermeersch ? Un réflexe de défense des membres du secrétariat qui craignent que les Soviétiques utilisent Lecoeur pour imposer leur politique de déstalinisation ?…  

Après son exclusion, Lecœur se fait embaucher comme chauffeur routier dans une entreprise de transports internationaux.

En 1955, il rédige un pamphlet L'Autocritique attendue où il dénonce les méthodes staliniennes de la direction du PCF.

En 1956, il crée avec d'autres anciens communistes comme Auguste Havez un bulletin d'information, La Nation Socialiste, puis un parti politique, le Mouvement communiste démocratique national.

Il est violemment agressé à Hénin-Liétard juste avant qu'il ne prenne la parole dans un meeting SFIO sur la déstalinisation.

Après une adhésion à la SFIO, en 1958, il est participe jusqu'à sa mort, à la tentative de constitution d'un certain nombre de petites formations politiques proches de la social-démocratie, comme le Parti de la démocratie socialiste (dont il est secrétaire général de 1970 à 1973) aux côtés du maire de Mulhouse Émile Muller, ou la Fédération des socialistes démocrates en 1978.

Il se marie à la Libération, avec celle qui fut son agent de liaison pendant la clandestinité, avec laquelle il a trois enfants.

 

Sources

Auguste Lecoeur - Wikipédia

Auguste Lecoeur – Dictionnaire biographique du monde ouvrier -  Yves Le Maner

René Camphin – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier -

Responsabilités gouvernementales

Sous-secrétaire d'État à la Production industrielle (charbon) : 27 janvier - 11 juin 1946 ; 23 juin - 28 novembre 1946

Mandats électifs

Maire de Lens : mai 1945-octobre 1947

Député du Pas-de-Calais : 1re Assemblée nationale constituante, octobre 1945 - juin 1946

Député du Pas-de-Calais : 2e Assemblée nationale constituante, juin 1946 - novembre 1946

Député du Pas-de-Calais : Assemblée nationale, novembre 1946 - juin 1951

Député du Pas-de-Calais : Assemblée nationale, juillet 1951 - décembre 1955

Responsabilités au PCF

Membre du Comité central du Parti communiste français (PCF) : juin 1945-mars 1954

Membre du Bureau politique: avril 1950 - mars 1954

Secrétariat à l'organisation du Parti communiste français : mai 1942 - 1944 (clandestin), avril 1950 - mars 1954.

Publications

L'Autocritique attendue, Éditions Girault, 1955,

Le Partisan, coll. « l'actuel », Flammarion, 1963,

Le Parti communiste français et la Résistance, Plon, 1968,

Croix de guerre pour une grève. 100 000 mineurs contre l'occupant 27 mai-10 juin 1941, Plon, 1971,

Le PCF, continuité dans le changement. De Maurice Thorez à Georges Marchais, Robert Laffont, 1977,

La stratégie du mensonge. Du Kremlin à Georges Marchais, éditions Ramsay, 1980.

Honneurs

Chevalier de la Légion d’honneur (1992)