Les Ex-PCF

Le plus grand parti de France


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Edouard Pignon (né à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) le 12 février 1905, mort à La Couture-Boussey (Eure) le 14 mai 1993), fils d’un mineur de fond, entre à l’école communale et obtient son certificat d’études en 1919.

Son père, membre du Parti socialiste, participe aux grèves des mineurs. Sa mère, Estella Allart, est issue d’une famille d’ébénistes du faubourg Saint-Antoine. Ils ont trois fils et deux filles.

Peintre, céramiste

Adhère en 1933, départ en 1981

A l’école communale, ses dessins sont remarqués.

En 1919, Pignon s’engage à la mine comme « galibot ». L’année suivante, il devient manœuvre dans le bâtiment puis cimentier-plafonneur.

Il s’inscrit en 1922, à un cours de dessin par correspondance.

Pignon est incorporé en 1925 dans l’aviation et fait son service militaire en Syrie pendant la guerre du Djebel druze. S’étant déclaré dessinateur, il se voit affecté à l’atelier de photographie du camp de Rayak. De retour en France, il retourne à la mine et travaille à la construction des chevalements.

En 1927, Pignon quitte le nord de la France et s’installe à Paris. Il est embauché quelque temps chez Citroën comme ouvrier spécialisé, puis devient pointeur à la Société des Téléphones.

Pignon s’inscrit à l’école du soir du boulevard Montparnasse, et suit des cours de sculpture et de dessin dispensés par Robert Wlérick. Il suit également les cours de littérature, de philosophie et d’économie politique de l’Université ouvrière, notamment ceux de Paul Nizan et de Georges Politzer. Après son travail, il peint des autoportraits, des natures mortes et des paysages des bords de Seine.

En 1931, il est embauché chez Renault comme chef d’équipe. Il adhère la même année à la CGTU. À partir de 1932, il participe aux activités de l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR) où il rencontre de nombreux peintres, mais aussi des écrivains comme Louis Aragon et André Malraux.

La mine, les usines et les meetings sont une source d’inspiration pour ses toiles.

Il expose en 1932 pour la première fois, au Salon des indépendants.

Au sein de l’AEAR, Pignon est l’un des membres fondateurs de la section Arts plastiques. Il est aussi l’un des militants les plus actifs de l’Association des plasticiens de la Maison de la Culture.

Il adhère en 1933 au PCF. Suite à cet engagement, Pignon est mis à pied par Renault. Inscrit sur une « liste noire », il vit une longue période de chômage dans des conditions difficiles.

En 1934, il participe avec les artistes et écrivains de l’AEAR à la manifestation du 12 février, en réponse à la manifestation antiparlementaire du 6 février. En 1935, son ami Georges Dayez le fait embaucher dans l’atelier de lithographie de cartes postales de son père, et Pignon peut ainsi quitter son poste épuisant de manœuvre dans une fabrique de démarreurs.

À partir de 1935, Pignon se consacre davantage à la peinture. En 1936, dans le contexte de la guerre d’Espagne, il peint une toile intitulée Les Fusillés, Hommage aux mineurs des Asturies. Cette année-là, il peint également son premier Ouvrier mort, inspiré par le coup de grisou qui endeuilla la mine de La Clarence en 1912 (catastrophe qu’il vécu de près, enfant). De 1936 à la guerre, il est illustrateur et metteur en pages de l’hebdomadaire communiste Regards. En 1937, Pignon participe à l’exposition 50 peintres du temps présent, aux côtés de Bazaine, Gromaire, Tanguy et Jacques Villon.

Mobilisé dans l’aviation à Villacoublay, Pignon, est démobilisé et rentre à Paris, en septembre 1940. Dès son retour, il s’engage dans la Résistance.

Pendant ces années noires, il expose à la galerie Jeanne Bucher, comme Lurçat, Dora Maar, Braque de Staël, Kandinsky.

Avec Édouard Goerg et André Fougeron, il fonde clandestinement en 1943 le Front National des Arts, une branche du Front national, l’organisation de résistance créée en mai 1941.

Lors du Xe Congrès du PCF (26-30 juin 1944), Roger Garaudy salue l’initiative de certains artistes : « Nos peintres se sont mis au travail (...) Picasso est en train de faire le portrait de Thorez, Pignon celui de Duclos, Fougeron celui de Cachin, d’autres retracent en image la vie de Fabien. (…) La tâche de nos artistes c’est de réaliser l’union de l’art et de la nation ». Et s’adressant directement à Pignon et Fougeron, Garaudy présente les deux artistes comme des modèles.

En février 1946, il participe à l’exposition Art et Résistance organisée par le PCF au Musée d’Art moderne à Paris. La même année, il entre au comité directeur de l’Union national des intellectuels.

En 1947, il déménage et s’installe dans le 14e arrondissement de Paris avec Hélène Parmelin (de son vrai nom Hélène Jungelson).

Il crée ses premiers décors et costumes pour Schéhérazade de Jules Supervielle que Jean Vilar monte au Festival d’Avignon de 1948. Pignon prend l’habitude de rendre visite, presque quotidiennement durant les années suivantes, à Picasso. En 1951, Pignon s’installe durant l’été et une partie de l’hiver chez Picasso, à Vallauris. C’est là-bas qu’il entame les études pour son deuxième Ouvrier mort. Cette version monumentale de trois mètres de long dont Picasso dira qu’elle était "le Guernica" de Pignon, juxtaposait la mort et la maternité, dans des tonalités de bleus, gris et bruns. Son Ouvrier mort, exposé au Salon de mai de 1952, est critiqué parce qu’il ne répond pas à l’esthétique réalisme socialiste défendue par le PCF. Avec Picasso et Léger, Pignon s’oppose aux tenants du réalisme socialiste au sein du PCF.

En 1951, Pignon remporte le prix de peinture de la Biennale de São Paulo. La même année, il crée pour Jean Vilar les décors et costumes de la première pièce de Brecht présentée en France, Mère Courage et ses enfants. A Vallauris, influencé par Picasso, il réalise deux cents céramiques.

En mai 1953, à l’occasion du 70e anniversaire de la mort de Karl Marx célébré par le PCF, il organise avec Fougeron, Taslitzky et Graciès l’exposition « De Marx à Staline », rue Jean-Pierre Timbaud à la Maison des métallurgistes. 150 artistes y exposent des œuvres inspirées du mouvement ouvrier.

En 1956, après l’intervention des troupes soviétiques en Hongrie, le 22 novembre 1956, Pignon signe un texte avec neuf intellectuels communistes dont Picasso, Hélène Parmelin et Henri Wallon, texte publié dans le Monde et France Observateur. Ils expriment leur désarroi et demandent la convocation d’un congrès extraordinaire.

À partir de décembre 1956, un petit réseau clandestin de militants communistes édite un bulletin d’opposition interne : L’Étincelle (en référence à Iskra, le journal de Lénine). Les auteurs des textes signent avec des pseudonymes. Édouard Pignon fait partie de cette entreprise, aux côtés d’artistes et intellectuels comme Victor Leduc, Paul Tillard, Hélène Parmelin, Marc Saint-Saëns, Anatole Kopp, etc.

Tout en peignant, Pignon continue à travailler pour le théâtre, notamment en 1956 pour Ce fou de Platonov d’Anton Tchekhov monté par Vilar avec Maria Casarès et Philippe Noiret.

Sollicité par André Malraux en 1960 pour « rénover » le prix de Rome, il démissionne dès le premier jour avec Vieira da Silva, Masson, Soulages, devant la toute-puissance de la «tradition» de l’époque.

Pignon signe la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », le Manifeste des 121, publiée le 6 septembre 1960.

Durant les années 1960 et 1970, de nombreuses rétrospectives de son œuvre sont organisées, notamment au Musée national d’art moderne de Paris, en 1966 (300 œuvres exposées). Une rétrospective des œuvres monumentales de Pignon est organisée en Roumanie, Hongrie, Pologne, Luxembourg et Italie. Au Centre Georges-Pompidou une exposition réunit en 1980 la quasi-totalité de ses œuvres conservées dans les Musées nationaux.

Pignon expose dans de nombreuses manifestations contre la guerre du Viêt Nam, la dictature en Grèce ou au Chili, l’Apartheid et le maintien des colonies portugaises. En 1968, il peint à l’occasion du Congrès International des Intellectuels une fresque dans l’entrée du Musée de La Havane. Il travaille aussi à la préparation, avec Bazaine, Alexander Calder, Jean Cassou, Vercors, de la Journée Internationale des Intellectuels pour le Viêt Nam et participe à la création d’une affiche collective avec Picasso, Manessier, Matta, Soulages, André Masson, Paul Rebeyrolle et Victor Vasarely.

En mai 1968, Pignon soutient le mouvement étudiant et crée avec Bazaine et Calder des affiches pour l’ORTF en grève. Le 26 mai 1968, 36 communistes adressent une lettre à la direction du PCF dans laquelle ils affirment leur « solidarité politique » avec le mouvement contestataire et reprochent à leur Parti d’avoir freiné cet élan exceptionnel. Parmi les signataires, on retrouve Pignon, Hélène Parmelin, Jean Bouvier, Jean Chesneaux, Madeleine Rebérioux.

En 1981, après des années d’opposition interne, Edouard Pignon et Hélène Parmelin quittent le PCF.

Pignon participe à toutes les expositions organisées en soutien aux dissidents emprisonnés en URSS et aux opposants de Tchécoslovaquie.

Jacques Duhamel, ministre de la culture, le fait chevalier de la Légion d’honneur en 1972.

Il reçoit aussi le Grand Prix national de la Ville de Paris.

En 1983, Jack Lang, ministre de la Culture, le fait Commandeur des Arts et des Lettres. François Mitterrand, Président de la République, lui remet les insignes d’Officier de la Légion d’honneur.

En 1985, une vaste exposition rétrospective de trois cent de ses œuvres est organisée sur trois étages du Grand Palais.

Atteint d’une cécité progressive, Edouard Pignon meurt le 14 mai 1993.

Il se marie en première noces, avec Aline Lancial et ils ont deux enfants ; il divorce et se remarie en 1950, avec Hélène Parmelin (ils ont un fils, Nicolas).

 

Sources

Edouard Pignon – Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Anysia L’Hôtellier,

Edouard Pignon – Wikipédia

Œuvres

La construction de l'espace, ouvrage collectif sous la direction de Gaston Diehl, Editions Confluences, 1945,

La Quête de la réalité, propos recueillis par Jean-Louis Ferrier, Editions Gonthier, 1966, Édouard Pignon, Contre-courant, propos recueillis par Jean-Louis Ferrier, Editions Stock, 1974.

Honneurs

Prix de peinture de la Biennale de São Paulo, 1951,

Grand prix des beaux-arts de la Ville de Paris,

Légion d’honneur, 1972,

Commandeur des Arts et des Lettres et des Arts, 1983,

Officier de la Légion d’honneur.

Un timbre reproduisant l'une de ses œuvres, Les Plongeurs, est émis par les Postes françaises en 1981.